Cause animale : « Plus une société se montre bienveillante envers les animaux, plus elle l’est envers les humains. »

Tigre : l'interdiction progressive des animaux sauvages dans les cirques et dans les delphinariums a été annoncée par la ministre de la transition écologique (CR LLS)

La ministre Barbara Pompili a annoncé cette semaine l’interdiction progressive des animaux sauvages dans les cirques et dans les delphinariums.

VOIR AUSSI : « Scène de crime climatique » : Ils ont marché sur l’aéroport de Montpellier

Entretien à Sète avec Josiane Amarger, militante de Sèt’Animalistes de Thau, collectif pour la protection animale.

  • Êtes-vous satisfaite par l’annonce de la ministre de la transition écologique ?

Ça va dans le bon sens. Ces mesures étaient très attendues. Pour autant, je ne saute pas de joie en criant victoire, car leurs applications restent progressives, sans visibilité pour certaines quant à leurs interdictions définitives. Chaque jour qui passe est un jour de trop pour ces animaux. Beaucoup, identifiés par les associations, sont en grande détresse. Ils ne doivent en aucun cas être sacrifiés. À chaque demande d’intervention par les associations, les autorités devront être réactives. Ce fut trop tard par exemple pour l’ours MISHA.

  • Est-ce suffisant ? N’est-ce pas un effet d’annonce comme le pensent certains directeurs de cirque ?

L’effet d’annonce, ce sont plutôt les associations qui le craignaient. Les professionnels du cirque dont l’activité repose principalement sur l’exploitation animale en redoutaient certainement l’annonce, mais le débat sur la question ne date pas d’hier.

Et non, ce n’est pas suffisant. Ces mesures ne balayent pas l’ensemble des pratiques cruelles envers les animaux, comme la corrida, la chasse à courre, les chasses traditionnelles non sélectives, à la glu, à la tendelle au collet, le déterrage, les conditions d’élevage, de transports et d’abattage des animaux, et bien d’autres encore…

Certaines et d’autres font partie du référendum d’initiative partagée pour les animaux* en cours, une initiative citoyenne 2020 pour un projet de loi sur 6 mesures fortes pour le bien-être animal que je vous invite à soutenir. Il faut 4,7 millions de signatures et le soutien de 185 parlementaires.

  • Une vidéo a circulé sur la toile montrant un cerf poursuivi par une chasse à courre dans les rues de Compiègne. Quelle est votre position ? 

Ferme et définitive pour l’arrêt de la chasse à courre, loisir cruel. Quand on pense que l’Angleterre, pays d’origine de la vènerie l’a interdite en 2005 et que le président Macron a de nouveau ouvert les chasses présidentielles pour « les intérêts de la France », souhaitant en faire un « instrument d’attractivité », c’est répugnant. L’arrêt de la chasse à courre est une des mesures fortes comprises dans le référendum pour les animaux et en parallèle fait l’objet de proposition de loi en commission à l’Assemblée nationale par le groupe parlementaire EDS.

  • Où en est le dossier sur la corrida ? 

À ma connaissance, nulle part. Notre collectif a participé aux rassemblements anti-corrida cette année, car malheureusement malgré la COVID, certaines ont bien eu lieu comme à Béziers ou Arles. Une activité illégale partout en France, mais exemptée de peine dans 11 départements du sud de la France. Pas besoin de citer le nôtre…La législation est très ambigüe. En tous les cas, notre collectif  continuera à se mobiliser contre la tauromachie.

  • Qu’en est-il de la condition des animaux embarqués sur les bateaux, notamment dans le port de Sète ? 

Opaque. Zéro transparence. La direction du port se glorifie de la certification « bien-être animal » obtenue pour le hangar à bétail avant embarquement sur les bateaux. Mais comment peut-on évoquer une notion de bien-être animal et s’en réjouir dans ce contexte quand on connaît tous, les conditions ignobles de transport dans les bétaillères et les bateaux (avant et après le stop au hangar) et le sort qui leur est réservé ? Si la SEPAB (société d’exploitation des parcs à bestiaux, NDLR) n’avait rien à cacher, elle laisserait, en toute transparence, les associations y assister, pour témoigner du soi-disant bon traitement des bêtes. Mais le site est inaccessible et surveillé.

  • Comment menez-vous votre combat pour la cause animale au quotidien ?

Notre collectif n’a pas les moyens de le mener au quotidien. Nos actions, démarrées au sein de l’association environnementale Les Gardiens de Thau Ses ports et sa Lagune puis par le biais du collectif dédié à cette cause, ont ciblé la présence des cirques avec animaux sur le bassin de Thau et sur Sète que la ville accueillait sur la place Stalingrad. Ce n’est plus le cas depuis quelque temps et nous nous en réjouissons. Nous restons néanmoins vigilants, car seule la ville de Marseillan a pris un arrêté contre la présence des cirques avec animaux. Sinon nous participons aux actions menées par les autres associations de la région et prenons bien sûr position au travers des réseaux sociaux.

  • Pourquoi ne pas s’occuper d’abord des humains en souffrance ?

Sur le terrain nous faisons souvent face à cette réflexion. À ceux qui posent la question, nous répondons que d’après une étude, plus une société se montre bienveillante envers les animaux, plus elle l’est envers les humains. Tout est lié. Quant à ceux qui brandissent le cliché « la cause animale est un combat de bobos parisiens », nous rétorquons que les personnes favorables à l’organisation de ce référendum pour les animaux proviennent à 77% des communes rurales et à 78% des catégories dites populaires. À bon entendeur…