[Tribune] Patrick Vignal, « la majorité doit changer de Braquet. Il faut réenchanter la vie politique »

Patrick Vignal et Coralie Dubost en conférence de presse - Mars 2020 (CR)

[Tribune] Pour le député de l’Hérault, Patrick Vignal, « Il n’y a pas une vie après le COVID-19 mais une vie avec le COVID-19 ».

VOIR AUSSI : Coronavirus : 729 hospitalisations en cours et 373 décès à l’hôpital, en Occitanie


Il n’y a pas une vie après le COVID-19 mais une vie avec le COVID-19 

1) Un combat contre un ennemi invisible 

Nous sommes face à une catastrophe sanitaire et économique qui touche tous les pays. Personne n’a la bonne réponse face à cet ennemi invisible.

Le manque de masques et de tests de dépistage au début de la crise a été reproché à la majorité mais quand nous avons ouvert les armoires, elles étaient vides.

a) Il n’y a pas de solution miracle 

À partir du 11 mai, ce n’est pas la vie après le COVID-19 mais la vie avec le COVID-19 qui doit être pensée. Les rassemblements importants ne seront plus possibles tant qu’une solution médicale ne sera pas trouvée. En attendant, c’est le collectif qui doit primer sur l’individualisme.

Nous ne devons pas tout attendre du pouvoir politique, la société civile doit également prendre ses responsabilités pour lutter contre la propagation du virus. Les 67 millions de français doivent adopter les gestes barrières comme des nouveaux réflexes.  Chacun a sa vérité mais personne ne sait rien. Le corps médical n’a pas toutes les réponses, il faut accepter que l’on ne sait pas encore. Tout peut changer dans les 24 heures.

b) Le déconfinement est nécessaire 

Le confinement a permis de sauver la vie d’au moins 60 000 personnes en limitant la propagation du Covid-19. Cependant, il risque aussi de faire des dégâts importants.

Les signalements pour violence conjugale ont augmenté d’environ 30%, l’embrasement des quartiers sensibles s’accentue, des enfants sont déscolarisés, des étudiants précarisés, nos aînés isolés…. La fracture sociale se creuse et doit être anticipée. Elle va être amplifiée par la casse économique.

Nous sommes tous vulnérables face au virus mais nous ne vivons pas la situation tous de la même manière. Une famille ayant un jardin, des appareils numériques et une grande maison ne vivra pas le confinement de la même façon qu’un parent isolé vivant avec plusieurs enfants dans un studio.

Il faut être conscient que la pandémie ne s’arrêtera pas le 11 Mai mais il faut apprendre à vivre avec.

c) La réouverture des écoles 

Pour que la réouverture des écoles se passe le plus sereinement possible et dans le respect des gestes sanitaires, il est indispensable que :

  • La sélection des enseignants qui retournent en classe se fasse sur la base du volontariat. Cependant il ne faut pas négliger l’utilité des outils numériques (télé enseignement) et permettre aux enseignants de continuer à les utiliser.
  • Les parents doivent pouvoir choisir de remettre leur enfant ou non à l’école. Cependant, il est indispensable d’être vigilant au retour vers la scolarité des enfants qui ont décroché.
  • Les maires doivent être garants du bon fonctionnement des écoles. Je leur fais confiance, ils connaissent leur territoire et doivent mettre en place les méthodes adéquates pour accueillir au mieux nos enfants.

2) Oui à une France solidaire, Non à une France diffamatoire 

a) Les premiers de tranchée 

Les personnels soignants incarnent la France généreuse, la France altruiste, avec beaucoup d’abnégation. Les médecins à la retraite qui ont renfilé leur blouse au péril de leur vie et le personnel des EHPAD, qui ont dormi sur place pour limiter la contamination de nos aînés en sont le parfait exemple.

Les agriculteurs qui depuis des mois cloués au pilori, ont retroussé leurs manches pour nous nourrir. Les employés de supermarché qui sont restés à leur poste pour que l’on puisse se fournir en produits de première nécessité. Les policiers et l’armée sur le terrain pour assurer la sécurité de tous.

Les fonctionnaires d’État, hospitaliers et territoriaux, les éboueurs et agents de sécurité qui ont permis de préserver le fonctionnement des organes vitaux du pays.

Mais aussi toutes les initiatives solidaires émanant de la société civile qui se sont multipliées aux côtés des associations et bénévoles. Grâce à eux, des colis repas ont été livrés, des masques en tissu ont été cousus, des médicaments ont été fournis.

Il faut que les Français se sentent aussi concernés et prennent conscience du changement à entreprendre.

b) Non à l’individualisme 

L’union nationale demandée par Emmanuel Macron ne doit pas être une façade politique, nous devons construire un environnement sain avec des femmes et des hommes qui partagent cette philosophie qui ne sont pas dans l’obtention du pouvoir mais dans l’objectif de partager les échecs et les victoires.

C’est pourquoi, nous devrions aborder différemment l’opposition. L’opposition doit être une force et non une opposition bâillonnée. C’est la différence et l’échange qui permettent de mettre en place un projet national et nous devons réussir cette métamorphose.

3) Une gestion de la crise partagée… mais une parole unique 

a) Une politique locale privilégiée 

Notre gouvernement doit donner des orientations claires avec une seule parole commune à tous les territoires mais aussi accepter le besoin d’agilité, le génie français, l’aspect malin de nos élus locaux et les citoyens qui puissent s’exprimer à plein.

Le couple Préfet/Maire est le bon échelon de gouvernance. En effet, le préfet est garant de la continuité et de l’égalité des territoires et le maire est fin connaisseur de son territoire grâce aux services de la ville.

La création de ce duo permet donc de garantir la mise en place de dispositions nationales tout en les adaptant à l’échelle locale. Il faut donner une certaine souplesse aux territoires qui ont des caractéristiques et des besoins différents.

Les Métropoles avec l’adhésion des communes doivent également participer à la gestion de la crise pour reconstruire le pays. Une métropole sans l’alliance des territoires n’existe pas.  Je souhaite que les administrations centrales et les cabinets ministériels aient conscience de l’importance du travail de nos collectivités territoriales sur le terrain.

Il faut une gouvernance horizontale et non verticale, l’agilité des territoires est nécessaire.

b) Repousser les élections 

Les conseils municipaux élus au premier tour devraient être mis en place le plus vite possible pour prendre les mesures adéquates sur leur territoire. Cependant, les élections du deuxième tour devraient être repoussées d’un an pour que les maires actuels puissent gérer cette crise et non faire campagne.

Les élections régionales et départementales doivent également être repoussées pour laisser les équipes, qui connaissent leur territoire, les moyens de redresser le pays.

4) Repenser le modèle économique 

a) L’État Providence pour compenser les pertes 

Nous devons à la fois protéger les Français du virus et en même temps relancer l’économie de la France. Avant cette crise, beaucoup de Français se retrouvaient à la fin du mois avec suffisamment d’argent pour vivre, aujourd’hui ils l’utilisent pour survivre.

Nous devons nous poser les bonnes questions, car la productivité va être divisée par deux. Il faut inventer un nouveau modèle économique qui sera accompagné de chômage partiel.

2020 sera une année blanche pour certains et nous devrons accompagner cette nouvelle économie. L’État providence doit être fort car les charges sociales devront être compensées. Cet endettement est obligatoire pour que les Français puissent survivre.

b) Valoriser le « made in France » 

Relocaliser des filières économiques en France sera indispensable pour compenser la perte des emplois due à la faillite à prévoir de plusieurs entreprises. Grâce aux nouveaux outils technologiques, le télétravail doit être intégré de manière permanente ce qui pourrait désengorger les transports en commun aux heures de pointe.

Dans un deuxième temps, je demande aux Français de dépenser leur argent en France plutôt qu’à l’étranger. Partir en vacances en France, c’est l’occasion de découvrir ou redécouvrir la richesse de notre culture avec ses châteaux, ses plages, ses villes et villages atypiques. Car plus de 10% des emplois sont liés à des activités touristiques.

5) Le Covid : Un nouveau modèle de société 

Le Covid attaque les poumons pas les mentalités. Il nous faut chercher l’objet commun que l’ensemble des Français partageront pour modifier notre société, pour modifier la politique. Ça passe sans doute par une adaptation de nos institutions nationales, et européennes.

L’Europe est la grande absente de cette crise. Elle manque d’ambition, de volonté, d’envie. C’est un tournant pour elle. Soit c’est l’organisation et l’institution politiques de demain. Soit c’est le retour des États nations et tout ce qui ira avec…Il faut une initiative franco-allemande puissante à mettre en œuvre: dans les domaines, de l’économie, de la santé de la solidarité et de la défense. On a besoin d’une Europe forte pour nous protéger des incertitudes américaines et chinoises. L’Europe a une chance historique de pouvoir incarner une société équilibrée, humaniste et solidaire face au capitalisme mortifère des américains et totalitaire des chinois. Elle a son destin en main…

C’est la différence et l’échange qui permettront de réussir cette métamorphose, la majorité doit changer de Braquet. Il faut réenchanter la vie politique

Il faut refonder le système de santé français qui tient seulement par l’investissement et l’abnégation de tous nos soignants. L’État doit partager le pouvoir avec les territoires et installer une nouvelle façon de gouverner le pays.

Un nouveau modèle de société ne se décrète pas, il doit se construire. D’autant que finalement celui que nous vivons n’est pas le pire que nous ayons connu dans la vie des hommes.

Certes, les humains n’ont jamais été aussi nombreux, n’ont jamais vécu aussi vieux mais à quel prix. La création de richesses doit servir la solidarité, la révolution numérique et écologique doit être au service des individus…

Notre majorité se doit d’être dans le dépassement politique, travailler plus efficacement avec l’opposition, les élus locaux et les citoyens.