Compagnon de Dyonisos, dieu symbolisant la pleine conscience, le satyre a pour origine latine « satura ». Le terme a aussi donné « saturer », évoquant l’exagération.

Dans un journal satirique apparaissent des dessins minimalistes et laids, quand les artistes sont pourtant capables d’esthétiques plus travaillées. Une caricature doit, par définition, être perçue comme intentionnellement grossière et cynique. Mais ne nous y trompons pas : plus que les sujets abordés, un journal satirique a pour objet de moquer les centres d’intérêt de ses lecteurs.

Quel niveau d’infantilisation avons-nous atteint pour accepter les leçons de morale des pseudo-journalistes, condamnant sévèrement quiconque refuse de s’émouvoir façon actor studio ? Voici pourtant le plus haut niveau de débat imposé par la sphère médiatique. Peu importent les revendications des gilets jaunes, il faut condamner leur infinie violence. Fi des raisons de la présence des soldats français au Mali. Pleurnichons avec la plèbe. Et qui invitera à quelque réflexion se verra accusé de manquer de cœur.

Bientôt peut-être, reprocherons-nous au clown d’être mal habillé ? À l’humoriste de manquer de sérieux. Au penseur, de ne pas adhérer aux idées normées. En abordant de la sorte certains sujets d’information, la sphère politico-médiatique anéantit notre processus de réflexion, limitant notre réalité aux apparences.

La satire est une façon d’attaquer les vices et les ridicules d’une époque. L’humour n’est pas son objet premier ; pourtant nos journalistes ne manquent pas de faire rejaillir le fameux « peut-on rire de tout ? » à chaque nouvelle affaire. En traitant ainsi l’information, on renvoie à l’émotion, ce qui devrait être analysé par la raison.

Une satire devrait avoir un effet miroir, montrant au lecteur par l’outrance et l’exagération que la réalité est ailleurs.