On dit parfois que la colère n’est pas bonne conseillère. Mais quand celle-ci est fondée et légitime, il est sain de l’exprimer. C’est donc une saine colère que je souhaite exprimer dans cette déclaration.

La manifestation à Toulouse samedi 13 avril n’a pas eu lieu. Cette manifestation appelée par de très nombreuses organisations syndicales, politiques et associatives, contre la loi dite « anti-casseurs », a de fait, été interdite.

Comme des milliers de manifestant-e-s gilets jaunes, syndicalistes, militant-e-s ou pas, j’ai été empêchée de manifester. C’est la première fois que cela m’arrive dans cette ville où je milite et où il m’est arrivé de battre le pavé des centaines de fois.

Je m’insurge d’avance : il n’est pas crédible que les autorités puissent prétendre avoir agi au nom de la sécurité des nos concitoyen-n-e-s. Il n’en est rien. Ce qui a occupé principalement les forces de police ce fut de rendre impossible la constitution du cortège initialement prévu. Dès que vous vouliez rejoindre ou essayer de rejoindre le cortège intersyndical et le pôle enseignant prévu pour cette manifestation, c’était physiquement impossible. J’ai pu le constater moi même lorsqu’un premier barrage entre les allées Jean Jaurès et la place Jeanne d’Arc m’a amenée à négocier avec les forces de l’ordre. La réaction de ces dernières fut plus qu’étonnantes. Le fait de discuter, de protester devant ce qui était clairement une remise en cause d’un droit élémentaire, celui de manifester, a suscité chez les CRS présents des réactions démesurées et disproportionnées : agressivité systématique dans les propos (il s’agit sic « d’obéir aux ordres », de « se taire » sous peine d’être embarqué, parfois les propos sont grossiers à l’encontre d’une jeune femme, « ta gueule conasse »), menaces d’être arrêté-e-s dès la première discussion, d’être filmé. Les mensonges vont bon train, un policier se permettant même d’affirmer que « la manifestation est interdite, car non déclarée », que « les boulevards sont interdits à la circulation (des piétons !) », d’autres refusent de rendre visible leur matricule quand on leur fait remarquer que celui-ci est dissimulé, prétextant contrairement à la loi, « qu’ils n’ont pas à le montrer lors d’un maintien de l’ordre » !

Afin d’apaiser les esprits, car les esprits finissent par s’échauffer, surtout quand cela fait deux, trois fois qu’on est repoussés, j’ai sorti ma carte d’élue régionale, évoquant la possibilité d’entrer en contact avec la préfecture, pour vérifier les dires des CRS présents.

Là aussi réactions assez significativement incorrectes : « c’est ça, t’as qu’à croire, t’as qu’à rêver ». Propos qui révèlent la toute-puissance dans laquelle croient pouvoir évoluer ces policiers soi-disant chargés du maintien de l’ordre et de notre sécurité.

Tout le reste est à l’avenant : malgré les efforts de retrouver les ami-e-s, camarades, militant-e-s avec qui j’avais prévu de manifester, cela s’avéra impossible. Nous fûmes gazés, bousculés, pris constamment dans des nasses. Le bruit devint assourdissant tellement étaient lancées de très nombreuses grenades de désencerclement par les policiers.

L’impression d’être en état de siège était un sentiment largement partagé autour de moi.

Alors que doit-on retenir de la stratégie choisie par les autorités et par le pouvoir, puisque la manifestation devait se dérouler dans le nouveau cadre répressif de la loi « anticasseurs » ?

Tout d’abord que le dispositif policier démentiel, n’avait absolument rien à voir avec le maintien de l’ordre et la sécurité puisque l’incendie allées Jean Jaurès et celui près de Jeanne d’Arc n’ont nullement été empêchés.
Visiblement ce n’était pas la priorité des escouades de CRS, des canons à eau et des blindés!

Non l’objectif était bien d’empêcher la manifestation d’avoir lieu avec un arsenal répressif indigne d’une démocratie.

Avec une stratégie toujours plus présente de la tension et de l’escalade de la violence. Tout a été fait pour irriter et pousser les manifestant-e-s à tenter de reconstituer un cortège systématiquement empêché.

Pour finir, il faut être très clair : ce qu’il s’est passé samedi à Toulouse est très grave. Un tournant a été pris, Toulouse a sans doute servi de laboratoire de la répression, dans le cadre de la loi nouvellement votée.

Dans notre pays un cap a été franchi : il ne s’agit plus de constater une dérive autoritaire du pouvoir, mais bien une tentation autoritaire qui remet en question les droits fondamentaux démocratiques comme ceux de manifester, de circuler et donc de s’exprimer quand on souhaite s’opposer à la politique du pouvoir Macron.

La démocratie est en danger et il est temps pour les organisations progressistes syndicales, politiques et associatives du département de poursuivre leur combat contre la répression.

Mais désormais devant la tentation autoritaire bien réelle, c’est d’un sursaut national dont nous avons besoin.

Myriam Martin,
conseillère régionale Occitanie
Ensemble ! France Insoumise