Jean Messiha, Membre du Bureau National du Rassemblement National était présent à Lunel, ce vendredi 21 septembre 2018. Une occasion pour Julia Plane, Conseillère régionale et Présidente des élus du groupe RN au Conseil municipal, de lancer la rentrée politique.

Haut fonctionnaire et homme politique, Jean Messiha a le verbe fluide, et une dextérité de langage qui peut laisser son interlocuteur sur place. « Extrêmement français » comme il se définit lui-même, exit Hossam son ancien prénom, et bienvenue à Jean, c’est son choix. Il n’hésite pas à entrer dans le « Zemmour gate » via les réseaux sociaux pour interpeller Hapsatou et lui signifier son point de vue. C’est un souverainiste qui affiche des positions radicales sur l’immigration et l’islam. Pour lui : « la France n’est pas un hall de gare sans histoire et sans géographie. »

Jean Messiha était donc à Lunel, dans le cadre d’une tournée des fédérations qui l’engage dans un tour de France, pour marquer et dégager les points de difficultés d’une campagne qui s’annonce plutôt longue. Ce cadre du Rassemblement National ne cache pas, que l’après-présidentielle a été difficile : « mais nous entrons maintenant dans un cycle électoral très important pour nous. » Et tout Délégué National des « Études et Argumentaires » qu’il est, il enchaine ainsi : « les citoyens européens se réveillent sur la question migratoire […] Nous avons eu un temps besoin d’immigration, aujourd’hui ce n’est plus possible, aujourd’hui il faut qu’elle soit pragmatique, alors qu’elle est une idéologie […] de plus, on peut assimiler les individus, pas les peuples. » Revenir aux fondamentaux de l’extrême droite, pour préparer la revanche de la présidentielle c’est l’axe du RN. Objectif, dénoncer une « immigration de masse » qui aggraverait la délinquance, et l’insécurité. Avec le prochain scrutin européen, Marine Le Pen sait qu’elle joue le tout pour le tout. À Fréjus, dimanche 16 septembre, elle a été lapidaire sur Emmanuel Macron un « banquier d’affaires », qui « n’incarne pas le début, mais la fin d’un cycle. » À Lunel Jean Messiha était sur la même ligne : « tout système crépusculaire pratique une sorte d’aveuglement au désastre. Avec les Européennes, nous sommes là pour mettre une réalité, sur ce qui n’est qu’une perception… »

Concernant les affaires, Jean Messiha reste convaincu que la justice joue avec une temporalité raisonnée, afin de porter atteinte au parti selon un agenda prédéterminé. Dans le cadre de l’affaire des assistants présumés fictifs d’euro-députés, en cours depuis l’ouverture d’une enquête en décembre 2016 , le préjudice serait estimé par le Parlement européen à 7 millions d’euros. À ce jour, les juges d’instruction financiers parisiens ont décidé en juillet dernier de geler le versement des 2 millions d’euros de subventions publiques dues au Rassemblement National. Une décision qui sera confirmée ou pas, en appel ce 26 septembre. Décision qui devrait impacter ou pas, la préparation de la campagne des élections européennes de mai 2019. Idem pour la notification de la décision ordonnant expertise, reçue le 12 septembre 2018, par télécopie chez Maitre David Dassa-LeDeist et concernant l’affaire des tweets publiés par Marine Le Pen en décembre 2015, contenant des images d’horreur de Daech. Un examen légalement obligatoire, car le code de procédure pénale prévoit une « expertise médicale » pour tout individu poursuivi pour avoir diffusé des images violentes. 2018, le 20 septembre : c’est elle qui a mis en ligne cette ordonnance de commission d’expert aux fins d’expertise psychiatrique, via son compte Twitter.

En restant dans une posture de victime, chère au Front National devenu Rassemblement National, cette indignation face à cette demande d’expertise ressemble à une sorte de « contre-attaque anticipée » qui voudrait peindre comme un régime dangereux le pouvoir en place. Pouvoir qui s’affolerait de l’importance que prendrait le RN pour les prochaines élections. Mais « en même temps », il est aussi possible de lire dans tous ces signaux, une République En Marche qui aimerait plus que tout, privilégier cet adversaire politique, qu’elle a déjà écarté par « K.O » lors des présidentielles et qui lui permettrait de garder à distance du débat, toutes les autres formations.

« Pour réparer Lunel, il faudrait arrêter de se voiler la face »

Localement, sur la situation sociale et la ville de Lunel, Julia Plane est plutôt catégorique : « c’est une ville abandonnée depuis 30 ans, avec des rêves brisés et une image cassée. » Le projet des représentants locaux du Rassemblement National, serait de capitaliser sur la dynamique des élections européennes pour entamer dans la foulée la campagne des municipales. Guillaume Vouzellaud confirme en ce sens que des décisions seront prises au premier trimestre de l’année 2019. France Jamet, la députée européenne et Julia Plane, leader du parti à Lunel n’en démordent pas : « Pour réparer Lunel, il faudrait arrêter de se voiler la face, et faire du pragmatique, et non du dogmatique. » Le Responsable RN de la circonscription et conseiller municipal de Lunel, Guillaume Vouzellaud surenchérit : « quand on perd un litre d’eau sur trois dans la ville, ce n’est pas une question de parti politique : il faut avant tout réparer Lunel. » Avec cette notion de réparation : actions, résultats concrets et efficacité semblent le prochain cheval de bataille de la liste RN aux municipales en 2020.

Jean Messiha quand à lui insiste sur une autre notion, celle de l’identité : « il ne faudrait pas stigmatiser Lunel et dire c’est de la mauvaise graine. Il faut se focaliser sur les origines du problème, et elles n’ont rien à voir avec la ville. Si vous refusez à des jeunes une identité nationale, cela implique qu’ils cherchent une identité de substitution. »

Avec un dîner-débat organisé à la salle Folquet dans la soirée, c’était la rentrée politique du RN dans l’Hérault, pour faire le point sur la ville de Lunel, les élections européennes, et lancer un clin d’oeil anticipé pour les municipales.