Comment échapper à la galère des grèves ? Est-ce vraiment la seule question à se poser le mardi 3 avril 2018. Une journée qui inaugure un mouvement de trois mois qui doit durer jusqu’au 28 juin. Les cheminots veulent faire entendre leur opposition à la réforme de la SNCF qui va transformer leur entreprise publique en société anonyme.

Alors les autres questions que l’on peut légitimement se poser : doit-on considérer comme juste, la volonté d’un ancien banquier d’affaires, devenu Président, E. Macron de mettre en place une réforme qui a pour objectif, l’émergence de nouveaux acteurs low cost du rail ? La SNCF pourra-t-elle résister longtemps sur un marché national dérégulé qui répond avant tout à un passage à la concurrence, exigé par Bruxelles ?

Reste à vérifier, si le rapport du 15 février 2018 de Jean-Cyril Spinetta, sur lequel se base le travail du gouvernement pour réformer la SNCF est judicieux. Par exemple, la concurrence va-t-elle permettre une amélioration de la qualité du service et une augmentation des différents trafics ?

Rien n’est moins sûr comme le confirme Serge Ragazzacci, secrétaire départemental de la CGT UD34, en prenant l’exemple du fret : « pour la question du fret ferroviaire, depuis qu’il est passé au secteur privé, il y a encore moins de fret ferroviaire que par le passé puisque maintenant, c’est quasiment le tout camion. Pour donner un chiffre qui va parler à tout le monde, sur la ville de Montpellier, il y a zéro gramme de marchandises qui arrive en ville ou qui reparte de la ville, par le fret ferroviaire, tout arrive et repart par camion. »

L’appel à manifester lancé jeudi dernier par la CGT, a trouvé un écho et une réponse positive. Aujourd’hui, ils étaient près de 2000  dans les rues de Montpellier avec les cheminots, rejoints par les personnels soignants du CHU de Montpellier, les étudiants et les lycéens. Côté politique : NPA, le PCF et La France insoumise s’étaient aussi associés à ce rassemblement.

Installer une guerre des privilèges

Devant la réussite de la convergence des luttes, il apparaît que l’urgence pour le gouvernement soit d’installer une guerre des privilèges et une guerre d’influence. Pour avoir conseillé de grandes entreprises dans des opérations de fusion-acquisition, Macron, l’ancien associé-gérant de la banque familiale Rothschild, sait qu’en affaires le plus important, c’est sa capacité d’influence. En orientant les débats et les polémiques uniquement sur les statuts des cheminots et avec une presse au garde à vous pour stigmatiser le mécontentement et la galère, cela devrait être chose aisée. Donc attention au choix et au poids des mots. L’exécutif face aux grévistes, arbitrés par l’opinion, un feuilleton à suivre. Emmanuel Macron en sportif et en short blanc a déjà commencé le match de la Com’. Voir le tweet vidéo de BFMTV, ci-dessous.

Sur le calendrier demain est un autre jour de grève, pour mieux utiliser le réseau voici le trafic des trains sur le compte twitter de la SNCF. À voir dans les jours qui viennent si la grève illimitée remplacera la grève à temps partiel ? En attendant, le 19 avril prochain sera un nouveau rendez-vous inter professionnel pour manifester.

Interviews de Serge Ragazzacci secrétaire départemental de la CGT UD34, Françoise Gaillard secrétaire générale CGT au CHU de Montpellier et Alexis Pallot secrétaire général du syndicat des cheminots de Montpellier (CGT) :