Alors même que la vente de Solférino semble marquer officiellement la fin du Parti Socialiste du Congrès d’Épinay, Benoît Hamon, membre fondateur du M1717, s’est exprimé samedi 16 septembre à l’occasion de l’inauguration de l’espace M1717 à La Fête de l’Humanité, édition 2017.

Il commence : « Je continue à être un militant et j’espère qu’on arrivera à convaincre du monde, toujours plus de personnes, du revenu universel d’existence […]. Ce débat-là est entrain de prendre une place de plus en plus importante dans le débat public. Je m’en réjouis. ».

Sur la gauche : « Il faut qu’on arrive, la gauche, […] à anticiper ce que doit être cette métamorphose du capitalisme, [ce que doit être] la métamorphose du travail qu’elle entraîne, qu’on soit beaucoup plus offensifs. ».

Hamon (1)

À propos de Macron : « Sa politique est une vraie politique libérale. D’abord il dérégule le code du travail […] plutôt que de renforcer le rôle de l’État providence pour se substituer ou accompagner les salariés dans un rapport de force qui leur est défavorable. Il accompagne […] cette dérégulation du marché du travail par un recul de l’État, une forme de retrait de l’État dans les secteurs dans lesquels il devrait intervenir beaucoup plus qu’il ne le fait. […] C’est un projet libéral. ».

Il distingue les libéraux et les démocrates : « L’histoire du libéralisme sur le plan politique, c’est pas la même que celle des démocrates. Il y a toujours une méfiance historiquement de la part des libéraux pour le suffrage universel. [… Pour eux, il y aurait des personnes] mieux préparées à la prise de décision […, une] élite qui pense être plus éclairée que le commun des mortels, qui est légitime à prendre une décision à leur place. ».

Il continue peu après : « Notre projet est radicalement opposé à cela. On pense qu’il faut étendre le champ de la démocratie dans l’ordre économique. Il n’y a pas de raison que la démocratie s’arrête aux portes de l’atelier. Vous êtes en démocratie dans la rue ; vous rentrez dans l’entreprise, vous l’êtes moins […]. Je pense que la tâche immédiate de la gauche, elle est de dire : quelle sera la protection sociale et la sécurité sociale du siècle à venir ? […] s’il y a moins de travail, il y a moins de financement de la protection sociale […] d’où le revenu universel, d’où la taxe sur les robots […]. [Mais] le faire seul en France, en excluant le reste de l’Europe, je n’y crois pas. ».

Hamon (2)

« Macron dit qu’on est des cyniques, des fainéants, des extrémistes, dès lors qu’on n’est pas d’accord avec lui, soit. C’est plus un problème de maturité de sa part vis-à-vis de gens qui ne sont pas d’accord avec lui. Mais qui est cynique ? Nous ou celui qui dit d’un côté : je suis favorable aux Accords de Paris ; et de l’autre […] on enlève la possibilité de financer un fond vert, un fond créé par les Accords de Paris destiné à quoi ou à qui ? […] Que fait Emmanuel Macron ? Il dit : vive les Accords de Paris. […] Le vrai cynique c’est lui. ».

Sur le M1717 : « Qu’est-ce qu’on veut à la place et comment on le ferait ? […] Si on robotise de l’intelligence artificielle, de plus en plus présente, et qu’elle nous libère des tâches difficiles, c’est bien. Et comment est-ce qu’on partage le travail ? […] C’est une question sur laquelle la gauche est attendue. On peut pas se contenter de dire : bon on défile, on est contre les ordonnances Travail […] une fois qu’on a dit ça, euh, à part dire qu’on met du barbelé autour du Code du Travail, on dit pas grand chose. C’est là qu’on voit qu’on a des débats et que la gauche, elle est diverse et plurielle. On est pas forcément d’accord sur tout, mais globalement d’accord sur la perspective. Il faut maintenant discuter, notamment la place du travail. ».

Sur le rassemblement : « On peut pas uniquement se retrouver sur des mots d’ordre « contre ». Il faut se retrouver aussi sur des propositions « pour ». ».

À propos de son score à la présidentielle, un journaliste de LCI l’interroge : « Après avoir fait un score assez faible à la présidentielle… », Benoît Hamon le coupe : « Vous pouvez dire faible, pas « assez » ». Il reprend : « Comment pouvez-vous convaincre, ici, les gens que c’est vous qui devez incarner… » Benoît Hamon le coupe à nouveau : « J’ai pas à les convaincre que c’est moi, mais à les convaincre que les bonnes idées, j’espère, sont du côté du revenu universel d’existence, du partage du travail, de nouveaux modèles de développement. ».

Hamon (3)

Sur la mobilisation du 12 septembre : « Je trouve que la mobilisation n’est pas mauvaise. On peut rebondir sur d’autres questions. […] Ça peut partir de partout. Ça peut partir d’un amphi. Allez voir combien il y a d’étudiants par amphithéâtre. Les conditions de travail de tous ces étudiants sont indécentes, indécentes. […] Moi, je pense que ça peut partir de partout : des quartiers, […] à l’hôpital […]. À côté de ça, on nous sort un discours qui n’est pas naïf. Je trouve un peu moqueur [de la part] du Président de la République qui dit que la France va bien. […] C’est la revanche des gens qui vont bien, les ordonnances Travail. C’est la revanche des gens qui vont bien, la suppression de l’ISF [NDLR : Impôt Sur la Fortune]. C’est la revanche des gens qui vont bien, la suppression de la taxe sur les opérations financières. C’est la revanche des gens qui vont bien, les reculs sur les perturbateurs endocriniens. Ils prennent leur revanche. ».

Il réaffirme à la tribune du M1717 : « Je suis un militant de gauche. Je sais que ça toujours été compliqué. Il y a des cultures différentes à gauche. Et quiconque prétend à l’hégémonie se casse les dents sur le fait qu’il y aura jamais une gauche qui comme ça, soudain, se rassemblerait autour d’un modèle à l’ADN chimiquement pur. […] Par contre, il y a toujours eu un désir d’unité, qui est souvent exprimé à la base et qui suppose, euh, que quand on entend une parole différente de soi, à gauche, on considère pas que le réflexe soit de faire son enclos pour se protéger de cette parole différente, mais qu’elle soit un encouragement à écouter et ouvrir le débat. ».

Nous l’interrogeons sur sa participation à la manifestation du 23 septembre : « Est-ce que la manifestation du 23, c’est le début de l’union de la gauche ? ».

« Non, mais arrêtez. Vous faites de la tambouille. Je veux dire : libérez-vous de cette tambouille. Vous êtes pas obligés de faire de la tambouille, vous aussi. Ça veut rien dire. C’est des mots. C’est du blablabla. Vous alignez des mots. On va se dire, mais qu’est-ce que ça veut dire ? Il y a des manifestations contre les ordonnances Travail : elles sont toutes utiles. Moi, je manifeste à toutes les manifestations de gauche et progressistes contre les ordonnances Travail. Mais, il y a pas d’autres objets qu’elles soient retirées. Après le reste, on verra. Chaque chose en son temps. Voilà, ne mettons pas la charrue avant les bœufs. ».

Propos recueillis samedi 16 septembre 2017.