[VIDÉO] Covid or not Covid, et si l’Hôpital français était, quoi qu’il arrive à bout de souffle ?

Illustration (©CHU Montpellier)

[VIDÉO] Service de réanimation sous très haute tension, campagne de recrutements lancés à la hâte dans plusieurs sites hospitaliers d’Occitanie, personnel soignant et non soignant mis sous pression, lits fermés puis finalement « créés » ces dernières semaines pour répondre au mieux à la crise de la Covid.

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C’est peu dire qu’en 2020, le monde hospitalier aura vécu une année chaotique. État des lieux d’un secteur à bout de souffle à plus d’un titre !

« On ne bosse pas correctement. On fait au mieux. On gère la pénurie. »

On pourrait voir dans ces mots comme un cri du cœur. C’est plutôt un constat glaçant, tenu par Rémy Ruiz, infirmier anesthésiste expérimenté au sein du Centre Hospitalier Universitaire de Montpellier.

Lui qui travaille depuis plusieurs années au sein du vaste site hospitalier héraultais, côtoie les malades de la Covid depuis le début. « La situation est très très compliquée » , reconnaît le soignant d’emblée, alors que certains sites équivalents en France sont déjà en saturation. « Ce n’est pas le cas à Montpellier. Le CHU n’est pas en état de saturation », estime, pour sa part, le trentenaire.

Ce n’est pas parce que le centre montpelliérain n’est pas en saturation que la situation y est plus enviable qu’ailleurs. Bien au contraire !

« Ici, on gère au mieux, au quotidien la situation. On gère au mieux la réanimation. Pareil, pour la gestion des isolements Covid, on fait au mieux ». Comment voit-il son travail en ce début d’hiver 2020 ? « C’est simple. On gère la pénurie. On parle au grand public de créations de lits. Mais ce n’est clairement pas toujours le cas. On ne crée pas de lits comme ça, d’un coup magique. Je vois de plus en plus de collègues qui craquent mentalement, moralement voire  parfois physiquement » analyse, froidement, l’infirmier montpelliérain.

Un peu déconcerté par les conditions de travail qui sont celles du personnel soignant à Montpellier, Rémy Ruiz tient à souligner que « contrairement à des échos que j’entends de confrères dans d’autres CHU un peu partout en France, ici, le Directeur Général, Thomas Le Ludec n’est clairement pas un enfoiré ! Il n’envoie pas coûte que coûte ses équipes au feu. Il est conscient du travail que l’on mène déjà au quotidien. C’est déjà ça ». L’infirmier précise que « dans une situation comme celle-ci, le Directeur Général se doit de gérer à la fois la situation au sein du CHU, les relations avec la presse, les relations avec l’Agence Régionale de Santé et aussi avec le Ministère à Paris ! »

Bien conscient que tôt ou tard, la Covid sera terminée et qu’un vaccin finira par être trouvé par des laboratoires américains, asiatiques ou autres, le jeune homme réfléchit déjà à l’après-coronavirus. Son avis est tranché : « On paie aujourd’hui les fermetures de lits d’hôpitaux depuis une bonne dizaine d’années. Et franchement, on le paie particulièrement cher ! »

« Après tout ça, il faudra remettre le milieu hospitalier à son vrai niveau. Il faudra tout faire pour ne pas revivre pareille situation », prévient le délégué syndical CGT avant d’ajouter que « malheureusement, cela n’en prend pas le chemin, car on a vu dans la presse qu’entre les deux vagues Covid-19, ils (le ministère et les autorités de santé à Paris, NDLR) ont continué de fermer des lits, en évitant surtout de trop l’ébruiter dans la presse ! »

Des recrutements menés en urgence

À Béziers, à Montpellier, mais aussi sur le site de Rangueil à Toulouse comme ailleurs en France, des annonces de recrutements d’aides-soignants, d’infirmières et d’autres fonctions soignantes en milieu hospitalier fleurissent ces dernières semaines sur les réseaux sociaux et dans les médias.

À Montpellier, de source sûre, on reconnaît que le site héraultais est toujours à la recherche de bras. « On recrute activement des aides-soignants et des infirmiers diplômés. C’est encore mieux s’ils ont une expérience dans le secteur de la réanimation », a confirmé un membre du staff, souhaitant rester anonyme. Cette même source ajoute que des « postes d’agents d’entretien sont ouverts et des spécialistes en bionettoyage sont également recherchés ». Tous les profils recrutés travailleront dès les jours suivant leur embauche. « Au 20 novembre 2020, pas moins de 178 nouveaux agents ont officiellement été recrutés et ont commencé à travailler sur le site« , a fait savoir l’état major du CHU de Montpellier. Tout indique que les recrutements sont donc loin d’être terminés. Bien au contraire.

Preuve de la gravité de la situation, « des contrats de travail ont été tout récemment proposés à des étudiants montpelliérains en médecine pour suppléer sur certains postes, mais uniquement sur la base du volontariat », assure cette même source. La direction du CHU de Montpellier balaie, pour sa part, d’un revers de main tout recrutement pour faire face à des éléments infectés par la Covid. « Le plan de recrutements mis en place est nécessaire pour assurer la montée en charge des services accueillant des patients Covid positifs et uniquement pour cela », assure-t-on du côté de l’hôpital.

Sur le centre hospitalier de Béziers, c’est le service communication qui sert de barrage et qui répond à la presse, en lieu et place de la direction générale. La situation est relativement identique. « Fin 2019, près de 2800 personnes travaillaient ici au quotidien dont 1780 aides-soignant(e)s, infirmiers et infirmières ainsi que 245 médecins », fait savoir la responsable du service presse avant d’ajouter qu’ « aujourd’hui, on recherche dans l’urgence pas moins de 15 infirmiers et 15 Aides-soignants ».

Comme à Montpellier, on écarte l’idée de remplacer des employés dans les services, qui sont covid positifs. « On ne cherche clairement pas à remplacer des personnels infectés. On veut surtout permettre aux agents qui sont épuisés de se reposer, car les quantités de travail sont démentielles, vraiment énormes et elles sont constantes sur toute cette année 2020″, fait-on savoir du côté du service communication biterrois.

Quel avenir pour ce second confinement et la crise de la Covid ?

Du côté de l’Agence Régionale de Santé, ces toutes dernières heures sont synonymes d’une toute petite lueur d’espoir. Tenue par visioconférence ce vendredi 20 novembre,  la direction de l’Agence a fait savoir lors de son point presse devenu hebdomadaire et réservé à la presse régionale qu’ « une baisse de la pression sur l’ensemble du système de santé régional est constatée« . « La baisse du nombre de cas positifs sur ces 7 derniers jours à hauteur de 150 constitue l’autre point plutôt positif », a fait savoir l’Agence en cette fin de semaine.

Une lueur d’espoir, immédiatement pondérée, car dans le même temps, les responsables de l’Agence ont annoncé que la « situation reste globalement inquiétante dans la grande région. D’importantes disparités sur la situation sont remarquées. À titre d’exemple, la situation se situe sous le seuil global d’alerte dans des départements comme l’Aude, l’Ariège, les Pyrénées-Orientales. Mais dans le même temps, la situation reste préoccupante dans des territoires comme le Gard, les Hautes-Pyrénées et la Lozère », a détaillé Pierre Ricordeau, Directeur Général de l’ARS Occitanie. « Nous ne sommes qu’au milieu du chemin. Il ne faut surtout pas relâcher les efforts, surtout pas », a martelé le responsable.

Un appel à la prudence et à la vigilance qui est entièrement partagé par Jacques Witkowksi, Préfet de l’Hérault depuis un peu plus de 18 mois.


Trois questions à Laurent Ramon, Directeur général de Cap Santé et de la Clinique Saint Jean.

Le Mouvement : Comment se passe la crise de la Covid sur le site de la Clinique Saint-Jean ?

Laurent Ramon : « Ce n’est franchement pas simple. On traite les patients que l’on a. Mais, il faut le reconnaître. Nous sommes sur un plateau légèrement descendant. On commence à voir une baisse du nombre de patients. Mais, cela reste très lent. Il faut rester très prudent. On a accueilli plusieurs patients venus d’Alès et de Nîmes ces derniers jours et nous continuerons à le faire. On ne refuse aucun patient. J’ai en tête, un patient gardois que l’on a accueilli dimanche et dont j’ai appris qu’il a pu être désintubé ce matin. C’est une bonne nouvelle pour lui comme pour nous. Peu à peu, il va mieux. Mais globalement, oui, on commence à voir une légère amélioration. Mais, il faut clairement rester prudent et que tout le monde continue de respecter au maximum les gestes barrières. »

L.M. : Comment fait-on au quotidien pour gérer une telle situation ?
L.R. : « La clinique Saint Jean est un peu le vaisseau amiral de notre groupe, Cap Santé. Sur les 1000 personnes, salariés et professions libérales qui travaillent dans la clinique Saint-Jean, au jour d’aujourd’hui, on a un peu plus de 120 personnes qui bossent tous les jours, et il faut les remercier, sur des cas Covid positifs. Parmi eux, il y a 80 personnes dans le service réanimation. Après, il y a une quarantaine d’autres agents qui travaillent et qui gèrent des Cas Covid. Et cela commence par les Urgences. Car tous les jours, des gens se présentent aux urgences avec certains symptômes. Donc, on se doit de les accueillir. Donc, nos équipes, aux urgences aussi, sont en contact avec des cas de Covid, où des personnes qui en ont un ou plusieurs symptômes.
Il faut aussi savoir que quand quelqu’un est hospitalisé pour un cas Covid positif, c’est environ 15 jours d’hospitalisation. C’est un traitement quotidien. On les surveille. Nos soignants travaillent auprès d’eux toutes les cinq minutes ».

© Suzanne Gaspard pour Cap Santé

L.M : On parle d’un possible déconfinement progressif, de troisième vague, de Noël, de « Black Friday », de réouverture des commerces pour les fêtes de fin d’année. En tant que responsable d’une clinique majeure sur Montpellier, comment percevez-vous les prochaines semaines ? Aura-t-on un Noël à minima ?

L.R. : Je crois que les commerces où on porte le masque doivent rouvrir et pas que les magasins de jouets. C’est important, car Noël approche, mais bon… On devrait pouvoir bientôt retourner chez les coiffeurs, par exemple, mais en étant très prudent. Il faut y aller un clientn après l’autre. Il y aura sûrement une kyrielle d’appels à la prudence et des recommandations pour le grand public vis-à-vis de la période des fêtes qui approche. 
Si on empêche que plusieurs personnes puissent se réunir sans masque, alors, à mes yeux, il ne devrait pas y avoir de troisième vague. On a tous besoin de convivialité, de socialisation… Mais cela reviendra que si, dans un premier temps, nous sommes aussi prudents que responsables au quotidien ».

Interview téléphonique réalisée jeudi 19 novembre peu avant 9h.