L’énumération des abus sexuels, psychologiques et financiers commis par des enseignants spirituels constituerait une liste aussi sordide qu’infinie. En revanche, relever un seul guru digne de ce titre relèverait de l’exploit. Par quel miracle, ceux qui s’érigent en professeurs de vertus, parjurent-ils si fréquemment leur engagement ? Il se pourrait que la réponse soit dans la question.

Le terme sanskrit « guru » signifie « ce qui dissipe les ténèbres ». Le guru n’est pas un être humain, mais l’enseignement menant à la réalisation de la conscience. Cependant, à parcourir seul(e), le chemin spirituel s’apparente au labyrinthe de Dédales, ou au cercle fermé de l’ouroboros. Un guide s’avère généralement indispensable.

Les récits littéraires religieux ou philosophiques sont une métaphore du dialogue intérieur. Sermons de Jésus à ses disciples, discussions socratiques ou paroles du Bouddha symbolisent la réflexion. La seule méditation. Par les échanges verbaux, l’enseignant spirituel ouvre des perspectives nouvelles dans l’esprit de l’étudiant(e), prisonnier de schémas limitants.

Quiconque possède le secret de la spiritualité refusera d’en faire profession. Ce dont il s’agit ne se vend pas. Pour que ce trésor puisse être transmis, l’élève doit être prédisposé(e) à l’accueillir. Or se présenter, ou se laisser présenter, comme un « maître » rend impossible toute forme de réalisation de la part du disciple. Que pourrait-il entendre qui émane d’une instance supérieure et dominante ?

Pour ces raisons, qui se positionne en maître spirituel répond à un tempérament particulier, souvent narcissique et égoïste. Traditionnellement, le débat d’idées entre enseignants permettait de démasquer les imposteurs, comme dans le Protagoras de Platon. Mais de nos jours, personne ne souhaite plus s’y adonner ; on préfère tirer toutes sortes de profits d’une spiritualité déviée de son but originel, la piété extérieure recouvrant la recherche intérieure.