Arriver à une exposition de peinture et repartir avec un « cours »  sur les techniques artistiques millénaires inconnues du grand public, voici ce qui nous est arrivé lors du vernissage, au « Fil de l’encre » de  Marylène Chouat.

En duo, avec Chris, les deux artistes si complémentaires ont offert à leurs convives, un grand moment.

Marylène Chouat, bonjour, vous êtes artiste-peintre et vous avez suivi une formation tout à fait étonnante, pouvez-vous nous en parler ?

Comme tout artiste-peintre, j’ai tâtonné. J’ai tout d’abord débuté à l’huile sur toile, ensuite j’ai fait l’acrylique. Puis j’ai testé l’aquarelle très technique et comme je n’avais pas pris de cours, j’ai trouvé ce matériel très compliqué.

Marylène Chouat, exposition « Au fil de l’encre »

Je suis autodidacte, dans le sens où je n’ai pas suivi de cursus classique des Beaux-Arts ; cependant passionnée, j’ai eu soif d’apprendre par des chemins de traverse. C’est la raison pour laquelle, durant toute une année, je suis allée, une fois par semaine dans l’atelier d’une restauratrice de tableaux. Je passais la journée entière avec cette femme qui m’a beaucoup apporté. Cette formation a été très intéressante et instructive, car j’ai pu apprendre diverses techniques comme la tempera à l’œuf. C’est une technique très ancienne qui consiste à ôter la membrane qui entoure le jaune d’œuf ; avec ce jaune seulement, des pigments colorés naturels sont ajoutés et quelques gouttes d’huile essentielle de clous de girofle (le mélange a pour particularité d’éviter que les insectes viennent dévorer les tableaux). C’est une technique complexe, mais il y a des artistes de renom qui ont peint à la tempera à l’œuf, par exemple et pas des moindres… Vinci, Botticelli, entre autre. La technique s’était quelque peu perdue avec l’invention de la peinture à l’huile. J’ai appris à fabriquer ma propre tempera. C’est très agréable de peindre avec ce matériau.

De même, j’ai appris à fabriquer et à travailler l’encaustique, toujours en le mélangeant avec des pigments naturels. Et enfin, j’ai même travaillé avec de la feuille d’or. C’était long, mais fascinant.

Et j’ai découvert l’encre de Chine.

Ce n’est pas votre première exposition ?

C’est ma quatrième exposition. J’ai commencé dans mon petit village à Quissac, ensuite je suis allée à Vic, puis j’ai eu la chance d’exposer à la maison de la région, un lieu très sympathique. D’ailleurs, c’est à cette occasion que j’ai rencontré Christelle [NDLR Chris, artiste peintre et art thérapeute] avec laquelle j’ai sympathisé. Elle m’a proposé de venir au W, mais j’avais peur de ne pas avoir assez d’œuvres pour couvrir tout l’espace.  Christelle m’a proposé de faire une exposition à deux, en miroir. Et même si nous n’avons pas du tout le même style, nous avons cela en commun, nous sommes spontanées, instinctives dans notre travail.

Le thème, de votre exposition c’est l’encre dans tous ses états 

Absolument, « Au fil de l’encre » ; on pourrait faire l’analogie avec au fil de l’eau, tant c’est coulant, tant c’est  fluide. Le travail avec les encres a cela de difficile ; cela file et contrairement à d’autres peintures, il n’y a pas de retouches possibles.

Je travaille évidemment avec de l’encre de Chine auquel je rajoute des pigments sépia, du brou de noix, ou bien encore de la terre de Sienne. Je trouve qu’il y a une chaleur à mélanger cette encre avec des couleurs mordorées.

Je ne fais pas que du noir et blanc, tout comme je ne fais pas que de l’abstrait, je m’essaye un petit peu au figuratif aussi.

Pour mes encres, je n’utilise pratiquement comme unique support que du papier glacé.  Par contre, je suis multi outils, multi matériels. Je m’explique : Je ne fais pas à proprement parler, de travaux préparatoires, mais je me prépare inconsciemment à ce je vais créer et je me mets à mon bureau, je prépare mes encres et je prends des pinceaux (que je peux mettre à l’envers), du papier, toutes sortes d’objets du quotidien, tout ce qui est à portée de main.

Dans une partie de l’exposition, vos œuvres sont très différentes de vos encres, on voit beaucoup de ronds. Pourquoi ces ronds, ces boules ?  

Marylène Chouat, exposition « Au fil de l’encre »

Je pense qu’il y a plusieurs raisons à cela. Il y a tout d’abord un côté intime.  Nous sommes restés avec mon époux quatorze ans sans enfants, et ces ronds peuvent représenter l’ovocyte, la fécondité chez la femme. J’ai subi un long traitement pour être mère, je crois qu’il y a un lien de cause à effet, inconsciemment. J’ai maintenant deux belles grandes filles, fort heureusement étant également fille de viticulteur, peut-être y a-t-il un lien avec les fruits de la vigne. Quand je trouve que la vie n’est pas  rose, je mets des rondeurs dans mes tableaux . Pour moi, le rond représente la douceur. Le rond c’est le « bidon » d’une femme qui va enfanter, c’est aussi l’infini, l’éternel recommencement.

Certaines de vos œuvres ont un tout petit format, y a-t-il une raison particulière ?

Oui, tout à fait. Pour être franche, c’est une volonté de pouvoir permettre au plus grand nombre de pouvoir acheter des tableaux.  Je souhaite que cela soit abordable.  Les temps sont difficiles et les gens n’ont pas forcément les moyens, c’est une des raisons. Mais je travaille sur beaucoup de formats, néanmoins.

Infos pratiques : Exposition « Au fil de l’encre » – Restaurant le W – Entrée libre