En mai 68, Monique Dental, présidente et fondatrice du Réseau Féministe « Ruptures » a 25 ans. Elle est en instance de divorce. Elle a deux enfants, et travaille depuis déjà, une dizaine d’années.

Cette ainée d’une famille ouvrière a commencé sa vie de salariée, à l’âge de quatorze ans et demi. Elle garde à l’esprit que la connaissance est synonyme de liberté, et grâce aux cours du soir, elle réussira à briser les chaines de l’ignorance. L’occupation de la Sorbonne lui donnera l’espoir d’une révolution, qui veut offrir à toutes et à tous, un nouvel avenir. Mais la réalité d’une société qui, même dans la révolte, a pour fondement la descendance par les mâles et le pouvoir paternel, n’est pas encore ouverte pour partager de façon paritaire cet évènement.

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Monique Dental témoigne : « Je voyais bien que nous les femmes, on n’était pas présentes dans le comité d’organisation, il y avait une femme dans le comité d’organisation. On ne rédigeait pas les tracts, on les tapait à la machine… » Au-delà de cet exemple, elle comprend que seuls les hommes dirigent et dominent le mouvement : « À la Sorbonne, il s’est produit le fait que nous avons pris conscience que nous pouvions collectivement mettre en commun l’oppression des sexes, c’est-à-dire les inégalités entre les femmes et les hommes […] pour moi, dans ce qui était le lieu de la révolution que nous étions en train de faire, j’ai découvert qu’il y avait une autre révolution qui est celle du féminisme, qui va se développer dans les années 70 et 80…»

 Olympe de Gouges a présenté « la Déclaration des droits de la femme, et de la citoyenne ». Effrayés, les révolutionnaires de 1789 ont guillotiné cette femme qui soutenait les Girondins et qui s’opposait à la peine de mort et à l’esclavage. Plus subtile, au XXe siècle, c’est la parole que l’on coupe, que l’on ampute, ou que l’on enterre sous la condescendance, d’une culture encore parasitée par le patriarcat. « … la gauche et l’extrême gauche dont j’ai été membre étaient hostiles aux luttes féministes. Elles étaient vécues par ces formations comme des luttes concurrentielles à la classe ouvrière, et parfois remettant même en cause le pouvoir ouvrier. À cette époque, les féministes comme moi étaient taxées, soit de petites-bourgeoises, soit d’antirévolutionnaires…. » confiait Monique Dental à l’Humanité en mai 1999. Alors, pour cette militante le mouvement féministe est toujours d’actualité. Se battre pour les droits des femmes, le féminisme et contre toutes les discriminations, c’est faire une politique essentielle à l’équilibre de la société.

Aujourd’hui, quand on lui parle d’une jeune femme de 19 ans, Maryam Pougetoux devenue présidente de l’UNEF de la section locale de l’université Paris-IV (Sorbonne Université) et qui porte le voile, sa réaction est directe : « c’est considérer qu’en tant qu’être humain on peut revenir à des situations d’esclavage, pour moi le voile est une des formes de l’esclavage […] nous avons la liberté d’exister à part entière, ce n’est pas d’afficher sa soumission comme emblème de l’avenir de l’humanité…»

Rencontre avec Monique Dental Réseau Féministe « Ruptures » :

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