Phénomène planétaire, la mode du « yoga » connaît un paroxysme sans précédent, peut-être annonciateur d’un imminent déclin. En musique, nu(e), sous alcool ou même en dansant, les façons de pratiquer varient au gré de l’inventivité des professeurs auto-proclamés. Car le yoga n’est encadré par aucune certification. Pire, nombre de faux diplômes jaillissent depuis une décennie, toujours onéreux, rarement qualifiants.

Le yoga s’étudie dans la patience, au fil des années, sans ambition ni projet professionnel. Plus qu’un gage de qualification, la mise en avant d’un diplôme d’ “enseignant de yoga“ constitue généralement un aveu d’incompétence.

Origines et authenticité

Un écrit sur le « yoga » contemporain ne peut user du terme sans parenthèses. Si dans son essence, cette praxis représente une voie spirituelle des plus pures, le regain auquel nous assistons depuis la moitié du XXe siècle propose un ersatz vidé de sa substance. Jadis protégée par des experts notoires tels René Guénon, Aleister Crowley, Alain Daniélou ou encore André Van Lysebeth, la dimension consciente du yoga a presque disparu. De rares mystiques l’enseignent encore en toute discrétion, loin des cours collectifs et des circuits commerciaux.

Plusieurs centaines de traditions de yoga ont vu le jour sous le soleil de l’Inde. Dérivé du sanskrit yug, yoga signifie joug, lien entre l’être et sa propre nature.

Les postures appartiennent à la grande famille du hatha yoga. Ce terme ne devrait pas être employé sans autre précision. Hatha yoga désigne l’ensemble des pratiques posturales. Le nom de la lignée, Iyengar, ashtanga, ou encore vinyasa, doit être indiqué. Mais les postures se retrouvent dépourvues d’essence spirituelle tant que l’on ne décrypte leur portée symbolique. Voie de connaissance, seule une étude primordialement philosophique définit un véritable hatha yoga.

Déperdition physique et métaphysique

L’actuel « monde du yoga » appartient à la sphère new age. En guise d’idéologie, on mélange réincarnation, tendances écologiques et aspirations végétariennes. Comme au sein du bouddhisme moderne, l’authentique méditation consistant à réfléchir se trouve remplacée par des assises silencieuses dissuadant de tout esprit critique. Le yoga est devenu spiritualité d’État. En parfaite harmonie avec le néolibéralisme et l’ultra-capitalisme, les abus financiers y sont désormais communément admis.

Bien entendu, l’apparition de styles récents et la recrudescence de cursus accélérés entrainent une grande perte de qualité technique. Formations en 500h, quand ce n’est pas 200 ou 50 … l’appât du gain cède place à toute forme d’éthique. Il subsiste cependant quelques formations sérieuses, sur trois ou quatre années. Le yoga Iyengar notamment fait exception à la règle, proposant une certaine excellence technique et des formations rigoureuses.

Alors, que pratiquer ?

Si l’éveil spirituel par le “yoga“ est peu probable, une pratique consciente procure toutefois de nombreux bienfaits corporels. Sans être spécialiste, vous pouvez distinguer aisément les cours sérieux des démarches insincères.

D’abord, le prix d’un cours de yoga doit être raisonnable. De dix à quinze euros maximum.

Le yoga ne se pratique ni en musique ni en dansant. Évidemment. La personne qui enseigne ne devrait pas effectuer les postures en même temps que les élèves. Un professeur sérieux pratique seul ou fréquente des cours. Il peut démontrer les placements lorsque c’est nécessaire, mais rapidement s’en libérer pour se déplacer et corriger.

Les yogas traditionnels sont d’une grande richesse. Évitez les créations récentes, comme yin, kundalini, Bikram, et tout ce qui utilise des termes anglais du genre « flow » ou « power ».

Pratiquez avec discernement et conscience, afin qu’au-delà du loisir, votre yoga retrouve son but initial et mène vers l’intériorité.