« Trump malmène ses alliés », titre le Monde. C’est peu de le dire. Après un sommet de l’OTAN mercredi, très conflictuel entre les USA et ses alliés, le point de vue de Kim Gordon Bates, journaliste britannique pour lemouvement.info, sur la visite ces jours-ci de Donald Trump reçu hier en Grande-Bretagne, pour la première fois. Le récit de la préparation de cette rencontre heurtée, qui reste énigmatique et très conflictuelle, entre le tempétueux Donald Trump, et son plus proche allié traditionnel en Europe, le Royaume-Uni.

Enfin !… Trump débarque au Royaume-Uni… dire qu’on l’attendait n’est pas peu dire. Du point de vue du gouvernement britannique, on pourrait même dire qu’il nous aura fait attendre… Theresa May s’était pourtant précipitée pour le voir en janvier 2017, quelques jours seulement après son entrée en fonction en tant que 45e président des États-Unis. Il faut dire que les débats sur le Brexit battaient leur plein et que le Gouvernement conservateur de Mme May voulait saisir l’occasion, malgré toutes les controverses, et appréhensions entourant M. Trump, de raviver la « relation spéciale » qu’on dit régir les rapports entre les deux nations. L’idée : obtenir un engagement clair de la part de Washington, pour qu’un traité commercial crédible, et intéressant puisse être conclu afin de compenser, pour un peu, les pertes que le Royaume-Uni s’était officiellement déclaré prêt à assumer suite à sa « sortie de l’Europe ». Il a fallu cependant vite déchanter… Bien sûr, Donald faisait tous les « bruits » encourageants que l’on pouvait attendre de sa part. Theresa May l’aida même, photo mémorable, à descendre un escalier. Le même Donald restait obscur sur ces « relations spéciales » serinant inlassablement « America First », et là : Theresa May n’a rien compris, comme bien d’autres ensuite.

Puis les choses sont allées en se dégradant dans la périphérie et même assez près du centre de cette « relation spéciale ». Inventaire : déjà controversé, notamment pour ses rapports avec les femmes, déjà chahuté le Trump, pour sa volonté première d’instituer une « interdiction d’entrée » aux USA pour les ressortissants de certains pays musulmans, déjà moqué aussi pour son aptitude à exagérer les chiffres et à tordre des vérités pourtant criantes, alors la visite maintes fois annoncée jamais confirmée de Donald à Londres semait l’émoi à travers tout le pays. La gauche, représentée notamment par le parti travailliste (Labour Party) de Jeremy Corbyn, l’extrême gauche et tout un aréopage d’associations citoyennes se promettaient de se mobiliser pour le recevoir « dignement ». Une première surprise (et le premier grand embarras) est venue non seulement du Parlement britannique, mais de son « Speaker » (Président des Communes), John Bercow, naguère situé à la droite du parti conservateur, mais qui, au fil des années en était presque venu à rejoindre le Labour. C’est en s’adressant aux deux chambres parlementaires qu’il avait déclaré s’opposer à ce que Trump s’adresse aux Parlementaires, pour des raisons éthiques liées aux « sexisme et racisme » du président. Inversement, son prédécesseur, Barack Obama avait été invité, à l’unanimité, du temps de David Cameron. Au Royaume uni, on s’était aussi ému à l’idée que le président Trump aux mœurs apparemment légères, et à la culture, disons limitée, puisse loger, comme il est de coutume, lors des visites d’État, chez la reine au palais de Buckingham… Theresa May en fut passablement remuée.  La presse britannique avait même annoncé que Trump insistait pour descendre la Mall, (sorte de Champs Élysée londoniens) qui mène au palais en antique carrosse doré . L’idée d’une visite en grande pompe était maintenue. Il apparut de plus en plus clairement que, si visite il devait y avoir, ce ne serait pas une « visite d’État ». Mais quelque chose de bien moindre, bien qu’il faille malgré tout brosser l’ego massif du visiteur, dans le sens du poil.

La « relation spéciale » fut encore passablement chahutée, lorsque Trump arriva en France en juillet 2017, à l’invitation d’Emmanuel Macron, pour assister au défilé du 14 juillet, après être passé en Arabie Saoudite, en Égypte, en Israël et par les Territoires occupés, puis au Vatican, en Italie, en Belgique, en Pologne et en Allemagne d’où il repartit émerveillé par la vision des défilés militaires et par les reprises tout aussi militaires des airs de Daft Punk. On note qu’à cette occasion, très peu de Parisiens s’étaient déplacés pour protester contre la venue de Donald Trump, alors qu’outre-Manche, la levée des pancartes, et des hostilités publiques s’amplifiaient… Une très large partie de la population britannique s’opposait toujours à la venue de ce président « sexiste et raciste », et les débats s’envenimaient sur le Brexit. Certains remettaient en cause le bien-fondé d’un traité commercial avec les États-Unis, tant qu’une marée de poulets au chlore et de viandes aux hormones était possible.

Du coup devant une inquiétude (bien fondée) de n’être pas très bien accueilli au pays de la « relation spéciale » Donald ajourna, sine die, sa venue en Grande-Bretagne. Ignorant même, l’inauguration en février dernier de la nouvelle ambassade américaine à Londres, en donnant comme excuse qu’il n’aimait ni son architecture, ni son coût, ni son emplacement et accusant son prédécesseur d’avoir fait une « très mauvaise affaire », alors que la décision et le choix avaient été orchestrés sous Georges Bush…; bref, le monde pas si petit des anti-Trump britanniques se réjouissait alors, que Theresa May et les siens, du moins on le suppose, se lamentaient…

Mais Donald J. Trump pouvait-il encore longtemps repousser sa venue au Royaume-Uni ? N’oublions pas qu’il est de descendance écossaise. Et qu’il possède au nord d’Aberdeen, un parcours de golf qui fait sa fierté. Où, soit dit en passant, il a déjà provoqué un bel accrochage avec les résidents, et les écologistes du coin. Eh bien : que nenni, Trump était attendu, au pays de « relation spéciale » le jeudi 12 juillet pour une visite officielle de deux jours, suivis de deux autres jours de golf chez lui en Écosse. Mais pour quel genre de visite ? Pas vraiment une visite officielle. Donald Trump et son épouse Melania n’ont pas été invités par la reine, il n’auront pas droit au banquet royal, avec tout le faste que cela comporte. Donald Trump aura juste droit à une tasse de thé, et peut-être, si elle se montre bien disposée, à quelques biscuits avec Sa Majesté au château de Windsor. Là où naguère une certaine Américaine a épousé un certain prince que l’on sait très ami avec Barack Obama. Damned encore lui ! Et du coup, le couple présidentiel couchera à la résidence de l’ambassadeur des États-Unis ; ce n’est pas Buckingham, mais cela ne doit pas être trop moche tout de même… Auparavant, il aura eu droit à un diner au palais de Blenheim, une demeure ancestrale de la famille des Marlborough, dont est issu Winston Churchill ; l’histoire du palais de Blenheim est intéressante à cet égard et on ne sait pas – et c’est malheureux de ne pas le savoir – si l’endroit a été choisi exprès, car la famille Churchill a entretenu une histoire assez tumultueuse avec les États-Unis : du temps  du véritable Downton Abbey, Charles, le 9e Duc de Marlborough ayant épousé une riche héritière américaine moyennant un bel échange entre argent (pour le Duc) et titre (pour l’héritière, Consuelo Vanderbilt). Il avait déclaré à sa jeune épouse deux choses assez étonnantes : l’une qu’il aimait une autre femme, et l’autre qu’il ne mettrait jamais les pieds aux États-Unis, car il détestait « tout ce qui n’était pas britannique ». On ne sait pas si le palais de Blenheim est hanté par le Duc Charles, mais il serait effectivement prudent que les Trump n’y couchent pas. Pour terminer l’histoire, car cela est effectivement assez cocasse vu les circonstances, l’autre femme dans la vie du Duc était une certaine Gladys Deacon, une artiste américano-française. Ils se marièrent et naturellement divorcèrent, à la suite de quoi le Duc l’a tout simplement mise à la porte. Plus près de nous, et moins potin, le diner offert à Donald Trump le jeudi soir à Blenheim devait rassembler tout le gratin du monde des affaires britanniques (le Brexit étant toujours inscrit à l’ordre du jour), mais las, bien des seigneurs du business, comme Richard Branson, patron de Virgin, avaient annoncé leur absence.

Theresa May avait bien noté l’affection militaire de Donald Trump, révélée par Emanuel Macron. Ce vendredi matin le président américain a assisté , avec la Première ministre britannique, à des exercices militaires. Il aura sans doute un peu discuté avec celle-ci dans la résidence de campagne officielle des Premiers ministres britanniques à Chequers, dans les jolies collines des Chilterns, avant d’aller prendre le thé à Windsor et s’envoler pour l’Écosse…

On note dans tout ceci que pas un moment Donald Trump ne met les pieds à Londres, où se sont préparées pour le recevoir maintes manifestations avec un « blimp » (ballon gonflable) le représentant comme un bébé en couches. Par tweets dont le président est friand, les organisateurs précisaient « Trump est un personnage enfantin, sujet à des crises enfantines », le seul moyen de le toucher est d’égratigner son ego. Même si Trump ne va pas à Londres, où le maire Sadiq Khan ne souhaite pas non plus sa venue, on se promet de faire balader le « blimp » jusqu’en Écosse, avec l’espoir que le premier concerné l’entrapercevra ailleurs que sur Fox News. Melania Trump aura peut-être plus de « chance », car il serait prévu qu’elle ait des activités parallèles accompagnées par M. May, le mari de Theresa, quelque part à Londres même.

Donald Trump peut au moins se flatter, pour une fois, d’avoir raison. Avant son arrivée au Royaume-Uni, il avait affirmé qu’il arriverait dans un pays « pris dans une tourmente » avec le chaos des échanges sur le Brexit et la crise gouvernementale en cours liée à la sortie du pays de l’Europe.