Perdu, le sens du langage. Nous dégainons les mots comme nous brandirions des pancartes, sans plus d’intelligence. Généralement le sens courant du vocabulaire, limité ou erroné, voile une intéressante réalité. Ainsi en est-il du terme « antisémite » qui, omniprésent de nos jours, mérite éclaircissement.

Les trois fils du patriarche biblique Noé se nomment Sem, Cham et Japhet. À la fin du XVIIIe siècle, un orientaliste allemand inventa le terme sémite pour regrouper des langues parentes : l’arabe, l’hébreu et l’araméen. On parle aussi de chamito-sémitisme pour désigner les langues afro-asiatiques. Bref. À défaut d’entrer dans le détail de ce champ d’études complexe, relevons le nombre conséquent et la diversité des peuples pouvant être qualifiés de Sémites.

Par quel truchement l’antisémitisme moderne s’est-il retrouvé réduit à la haine irraisonnée du juif ? Cette exclusivité ne démunit-elle pas les autres peuples sémites de leur origine ?

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Plus qu’une prétention d’exclusivité ou de légitimité, la religion devrait être une recherche de sens. Dans les langues hébraïques et arabes, le préfixe ou la racine « sem » revêtent plusieurs significations fort instructives. Parmi celles-ci, relevons le concept de poison, omniprésent dans la spiritualité. Appelé pharmakon chez les Grecs, ou halahala en Inde, le poison spirituel est aussi le remède. Ce qui est incompris nous tue ; le salut réside dans l’entendement. Par ailleurs, issem en arabe signifie nom. Nome dans la Grèce antique, nam chez les Indiens, ou verbe du prologue de Saint-Jean, le « nom spirituel » évoque la compréhension intime.

En langue française, sem a donné la semaine, renvoyant au nom des planètes et à la symbolique du sept. Sem est aussi le préfixe de sémantique, discipline de l’étude du sens. Saisir le sens profond du langage. Transcender les injonctions politico-médiatiques. Voir au-delà des apparences. Voici le sémitisme.

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