[Communiqué de presse] Politique commune de la pêche, un acquis à préserver

Pêche (CR Illustration)

Le 7 novembre, dans votre média, madame France Jamet, députée européenne du Rassemblement National estimait que l’Union Européenne devait « renoncer au droit a priori d’opérer dans les eaux d’un autre État-Membre et acter le retour des accords de pêche bilatéraux. »

Soyons clairs ! Ce souhait vise de façon implicite à abolir la Politique commune de la pêche, dont l’un des piliers est justement le droit pour les pêcheurs européens d’opérer librement dans les eaux des autres États membres. Les négociations actuelles du Brexit en ont révélé l’importance.

En suivant la logique de madame Jamet jusqu’au bout, interrogeons-nous alors sur les conséquences d’une « non-Europe de la pêche » sur la France.

Un affaiblissement national

La première serait un affaiblissement national. En effet, avec 5,3 millions de tonnes de production halieutique par an, l’Union européenne se trouve à la cinquième place des producteurs mondiaux. Cela nous permet collectivement de peser dans les négociations commerciales et de s’asseoir à la table des « Grands » (Chine, Inde, Indonésie, Viêt-Nam). La France produit 640 000 tonnes (3e producteur de l’UE derrière l’Espagne et le Danemark). Que pèserait-elle, seule, face aux 66 millions de tonnes de poissons chinois pêchés chaque année ?

Le retour des égoïsmes nationaux

La disparition d’une politique commune de la pêche conduirait à un retour des égoïsmes nationaux. En définissant une série de règles destinées à gérer la flotte de pêche européenne et à préserver les stocks de poissons, elle est garante de l’intérêt général. Quitte à sanctionner financièrement les récalcitrants (la France a été lourdement condamnée en 2005 pour le non-respect des protections des stocks de pêche) afin de protéger les ressources halieutiques communes. En outre, l’égalité d’accès aux eaux et aux fonds de pêche de l’UE permet aux pêcheurs de se faire une concurrence équitable. Qui a envie de revivre le conflit franco-espagnol des années 80 qui dégénérait en actions violentes ?

588 millions d’euros en moins

Enfin, la France n’aurait plus accès aux fonds européens dédiés à la pêche. Sur les 6,4 milliards d’euros consacrés à ce secteur dans le budget européen 2014-2020, notre pays reçoit 588 millions, dont 12,8 millions sont destinés à la région Occitanie. Une manne qui profite notamment aux conchyliculteurs du bassin de Thau pour s’équiper, soutenir leurs entreprises et se moderniser. Dernier exemple : durant le confinement du printemps, les frais fixes des navires cloués dans les ports (assurances, remboursement des prêts) ont été pris en charge par le FEAMP (Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche).

La politique commune de la pêche est sans nul doute la politique la plus intégrée de l’Union européenne. Si elle n’est pas exempte de critiques (application inégale, pression des lobbies…), il n’en demeure pas moins que son approche combinée de l’économie et de la protection des ressources naturelles constitue une avancée pour les 450 millions d’européens que nous sommes.

Xavier de Raulin
Président du Mouvement européen Hérault