Tour de France 2020 : État des lieux, à l’heure du Covid-19

27/08/2020 - Tour de France 2020 - Présentation des équipes à Nice - CCC Team - A.S.O./Thomas Maheux

Ce n’est pas un Tour de France comme les autres. Il est une lapalissade de l’écrire. Le voir et le vivre accentuent davantage ce sentiment étrange. Il suffisait de voir la présentation des équipes, ce jeudi 27 août au soir pour le comprendre.

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Se déroulant sur la splendide place Masséna, dans l’hypercentre de Nice, le public était (plutôt sagement) assis à bonne distance les uns des autres, idem pour les prestigieux invités et les officiels. Et dire que, ça n’est qu’un début…. Reportage à la veille du départ d’un Tour en tout point différent des précédents.

« Il faut rouler, savourer, croquer dedans dès le départ, dès le premier jour. » – Lilian Calméjane

Il n’y a pas foule près de l’imposant Acropolis de Nice, tôt ce vendredi matin. Les agents de sécurité installent les barrières, surveillent les allées et venues aux abords de la bâtisse. Pourtant, c’est perceptible, la cité azuréenne bouillonne, frémit. Quelque chose d’inhabituel se prépare. Et pour cause. Dans quelques heures, le mythique Tour de France démarrera depuis le cœur battant de la ville.

Qui dit veille de course, dit repos pour l’ensemble des coureurs. Pourtant, heure après heure, la salle de presse se remplit et se transforme en une véritable fourmilière. On y téléphone. On y parle de table à table dans à peu près toutes les langues du monde dans un hall aussi immense qu’impersonnel où chaque consigne est écrite en français et en anglais.  Peu après 10h, le bal est lancé. Les conférences de presse vont s’enchaîner à un rythme démentiel toute la journée.

Pour d’évidentes raisons de santé, celles-ci se font à bonne distance. Les journalistes sont plutôt nombreux dans la salle de conférence d’Acropolis. Les coureurs et les directeurs sportifs des différentes équipes sont ailleurs, dans leurs hôtels aux quatre coins de la métropole Nice Côte d’Azur.

Masqué, comme tout le monde, le charismatique patron de la team Ineos, Dave Brailsford ouvre les débats. Les journalistes sont attentifs, le manager britannique lui est plus que concentré. Le sourire se devine mal sous le masque. Les phrases sont courtes, fermées. Aucun journaliste ne parvient à rebondir par une deuxième question. Le message est clair « Nous, Inéos, sommes ambitieux et plus que prêts » pour ce Tour. Et pourquoi pas, pour la victoire finale !

Chef d’orchestre d’une équipe considérée par plusieurs spécialistes comme une véritable armada de professionnels construite pour gagner, le britannique lui martèle que « Le team 2020 est entièrement pensé, imaginé, construit autour de notre leader, Egan Bernal ». Ça tombe bien. C’est le vainqueur de l’édition 2019.

Quelques minutes plus tard, les journalistes n’ont pas bougé.

Des nouveaux ont pris place. L’équipe a changé. On passe des Britanniques hyper motivés, à la puissante armada française de Groupama Française des Jeux. Pas moins de 6 des coureurs engagés se succèdent. Ils savent tous que leur boss, c’est le talentueux français Thibault Pinot.

Justement, c’est lui qui est appelé pour clore le point presse de son équipe. L’anxiété ? La pression d’être le leader de l’équipe ? La tension d’une veille de course ? L’engouement constant et croissant du grand public qui le suit toute l’année ?  Rien de tout ça ne semble ne semble troubler le cycliste, originaire de Haute-Saône. « Je suis chaque année un peu plus fort dans ma tête. Je suis plus calme, posé que les dernières années. J’ai 30 ans maintenant donc bon…. Je travaille ces derniers mois pour ça. La pression, j’ai appris à la gérer. Je suis concentré et décontracté à la fois. Je sais très bien ce qui va arriver. Je sais qu’on a une belle équipe.  Je vais faire le mieux possible pour faire un bon classement général à Paris ». La définition même de la sérénité.

Les conférences se poursuivent. Les journalistes ne bougent quasiment pas. Il est maintenant 13h30. Deux des chouchous de l’équipe B&B Hôtels-Vital Concept se présentent : Bryan Coquart, solide rouleur âgé de 28 ans et Pierre Rolland, leader d’équipe du haut de ses 33 ans. Ce dernier est calme voire apaisé, à la veille de l’évènement planétaire de la saison cycliste. Il sait que son équipe ne fait pas partie des favorites. Les têtes de gondoles sont cette année Inéos et Jumbo-Visma. Lui est « là surtout pour le plaisir, pour pouvoir faire ce métier qu’on a la chance de faire : du vélo ». Prolixe, le coureur répond avec concision aux nombreuses questions des journalistes hexagonaux. « Nous ne sommes pas là pour gagner, mais nous avons une équipe capable d’être présente sur tous les terrains. On est une vraie belle équipe à suivre », conclut, quasiment en VRP de sa propre équipe, le natif de Gien.

Un peu moins connu du grand public, mais loin d’être moins talentueux que ceux précédemment cités, Lilian Calméjane, leader de l’équipe Total Direct Energie arrive en milieu d’après midi. « Il faut rouler, savourer, croquer dedans dès le départ, dès le premier jour. Le Tour part demain. Ce sera dur, sûrement. Personne ne sait si les écarts au classement se feront au début ou à la fin du Tour. Mais je sais que des étapes comme celle de dimanche avec la Colmiane, celle qui arrive à Lyon aussi… Moi, j’ai en tête que ça peut aussi se jouer sur l’étape qui arrive la semaine prochaine à Orcières-Merlette. Personne ne sait. Une chose est sûre, toute notre équipe se donnera à fond ! ». Le Français est déterminé à faire de son mieux en ce mois de septembre sur les routes du Tour !

« Tout le monde a mis sa meilleure équipe. » – Warren Barguil

Dernière équipe à passer sous le feu des questions des journalistes mais pas la moins redoutable, l’équipe tricolore Arkéa-Samsic s’est présentée depuis son hôtel azuréen. Ce feu, justement, sera nourri. Et pour cause, le solide Colombien Naïro Quintana est le chef de file chez Samsic et surtout un des favoris les plus souvent cités pour le Maillot Jaune sur les Champs Elysées à Paris, dans 3 semaines. Pour accompagner son talentueux coéquipier, le Breton Warren Barguil est présent. Et pour ce dernier, « le Tour sera très dur et très long cette année. Certains peuvent connaître des défaillances ce week-end, comme mardi à Orcières-Merlette. Mais, le Tour se jouera, comme souvent, lors de la troisième semaine ».

« Les choses sont simples. Beaucoup d’équipes ont programmé leur saison en fonction du Tour de France. Tout le monde a mis sa meilleure équipe. Il y a énormément de favoris. Personne ne vient ici à 80/90% de son état de forme. C’est totalement inconcevable ! Tous ceux engagés sur le Tour sont à 100%. On va rouler et on va savoir », a répondu le coureur tricolore, invité à détailler aux journalistes, sa vision de ce nouveau Tour de France.

Il est un peu plus de 19h40. La salle de presse se vide tout doucement. Les journalistes du monde entier plient bagages. Tous se disent « à demain »… en sachant pertinemment que demain, justement c’est le jour du grand départ. Tous sont impatients ! C’est maintenant parti pour 3 semaines de folie !

Le Tour de France en quelques chiffres :

  • 22 équipes engagées cette année ;
  • Prés de 170 coureurs ;
  • Plus de 165 agents de sécurité mobilisés ;
  • Près de 700 journalistes accrédités.