Ce n’est pas un scoop, lors d’un Conseil municipal, il y a des affaires, et elles sont numérotées. Jeudi 30 juillet, à l’ordre du jour, on pouvait en compter 92. La séance plénière du Conseil municipal a débuté à 9h30 pour se terminer vers 15h00. L’essentiel était le vote du Budget primitif 2020, un grand moment, avec son débat d’orientation : « la crise commande un esprit d’union, de rassemblement. »

En introduction de cette très studieuse et longue séance, Michaël Delafosse a rendu un hommage à Gisèle Halimi, qui est décédée le 28 juillet, célèbre défenseuse de la cause des femmes, avocate des causes difficiles. Il a annoncé qu’un lieu dans la ville sera choisi pour honorer sa mémoire. Une femme injuriée, menacée, mais qui en 1978, a mené le procès qui a changé le regard de la France sur le viol. Michaël Delafosse a aussi rappelé : « elle a permis par ses combats, par ses engagements de faire en sorte que le viol soit un délit pénal. »

Autre symbole fort avec le soutien aux associations : le premier choix du nouveau conseil municipal (affaire 32) porte sur “SOS Méditerranée,” qui secoure les migrants. La Ville de Montpellier a adopté à l’unanimité ce choix, avec le versement d’une participation financière de 15.000 euros, pour l’antenne héraultaise de l’association.

Le Budget primitif

Le budget primitif de cette année vit une situation exceptionnelle. Dans des circonstances sanitaires complexes, il a été reporté de plusieurs mois. Mais on y retrouve la marque de l’alternance politique avec les premières actions du programme de l’équipe de Michaël Delafosse. Actions qui focaliseront quelques remarques parfois étonnantes, de Max Lévita aujourd’hui conseiller municipal de l’opposition, autrefois grand argentier.

« L’économie n’obéit pas aux injonctions des politiques »

« Je me permets de vous donner un conseil, l’économie n’obéit pas aux injonctions des politiques » lâche Max Levita. Et très en verve, il citera Talleyrand : « tout ce qui est excessif est insignifiant. » incapable dans l’instant, de réaliser qu’il venait de définir son intervention, celle avec une salve verbale, adressée au maire : « pourquoi ne pas présenter les choses comme transition […]  pourquoi vous obstiner à vous présenter comme une victoire. Vous avez gagné contre qui, contre la barbarie, contre le nazisme, vous avez gagné contre le fascisme, » toute une litanie pour espérer qu’on lui reconnaisse certaines mesures.

En lui accordant certes certaines orientations, la réponse de Michaël Delafosse fut avec apaisement :  « j’ai trop de respect pour ceux qui ont combattu contre le nazisme et le fascisme […] et je pense en effet que tout ce qui est excessif effectivement est insignifiant. » Mais le maire de Montpellier prendra tout de même le temps de répondre : « oui nous assumons une forme de rupture, de notion d’alternance démocratique, ça oui […] J’entends vos mises en garde sur la conjoncture économique, ou plutôt je les partage, car le chiffre du chômage, 6 millions, doit collectivement nous mobiliser […] il appelle à un esprit de grandes responsabilités […] il nous faut être prudent, mais aussi être volontariste. »

« La crise commande un esprit d’union, de rassemblement »

Conscient de l’importance de la crise sanitaire et sociale pour les mois qui viennent, Michaël Delafosse veut faire comprendre à Max Levita la philosophie de travail de sa nouvelle gouvernance : « nous allons devoir faire bloc avec l’ensemble des collectivités territoriales, avec le gouvernement. Sans doute, il va falloir mettre de côté parfois, les appréciations critiques que nous pouvons avoir. Je ne suis pas un soutien direct du gouvernement, mais nous avons plus que jamais besoin de travailler ensemble, pour mobiliser la commande publique, pour mobiliser sur des politiques sociales […] Et c’est pour ça que nous serons signataires du Plan pauvreté sur les questions d’aides alimentaires, et de fracture numérique, parce que nous avons besoin de faire ensemble. La crise commande un esprit d’union de rassemblement, ce qui ne nie pas l’expression de sensibilité de contribution. Et c’est comme cela que nous appréhendons ce premier débat d’orientation budgétaire. »

Le programme de “Montpellier Unie” peut commencer

CQFD, et le programme de “Montpellier Unie” peut commencer. 5% de baisse des indemnités des élus ont été votés, ainsi que la baisse de celles-ci de moitié en cas d’absence renouvelée plus de trois fois. Aussi, le conseil municipal a validé la stabilité des taux d’imposition : il n’y aura pas d’augmentation d’impôts en 2020. Et le déploiement du bouclier sanitaire et social s’amorce.

« Nous avons créé ce budget pour répondre à l’urgence de la crise économique et sociale, et réaliser la transition écologique […] avec une évolution des charges de fonctionnement maitrisée à 1,5% et un objectif de 90 M€ de dépenses d’équipements annuelles. L’objectif général, chaque euro dépensé est un euro utile aux Montpelliérains, » précise Michel Aslanian, président du groupe “Solidaire, Écologiste et Républicain, » adjoint au maire, et délégué aux finances.

Cantine : la mise en place d’une nouvelle tranche à 50 centimes pour les enfants de parents isolés. La Ville fait aussi le choix d’instaurer un repas végétarien sur un rythme hebdomadaire dans les menus des restaurants scolaires et de maintenir l’option végétarienne quotidienne. (affaire 24)  l’objectif est de garantir la qualité nutritionnelle des repas en privilégiant les associations de légumineuses et de céréales, définir les modes de consommation plus durables et à l’avenir supprimer l’achat de viandes issues de l’élevage intensif. Composer les menus des enfants avec des denrées de meilleure qualité, issues de filières vigilantes du respect et du bien-être animal.

Réussite à l’école (affaire 14) : un soutien scolaire public laïque, et gratuit se fera à partir de la rentrée scolaire 2020-2021. Avec des études dirigées, par des professeurs des écoles, il s’effectuera également dans les médiathèques et les Maisons pour tous les mercredis et samedis par l’intermédiaire d’associations y compris d’éducation populaire. Autre priorité avec un grand plan de numérisation des écoles qui va permettre à toutes les classes de la ville d’être équipées en outils numériques.

À noter : le lancement d’un Contrat Local de Santé avec l’ARS, et la tenue d’états généraux de la solidarité (affaire 27) pour organiser avec tous les acteurs : la solidarité à l’encontre des populations les plus défavorisées.

Redessiner le coeur de ville : une priorité sera donnée à l’Écusson avec comme première étape la transformation de l’axe Arceaux, Peyrou, Foch, Martyrs. Et (affaire 57) la candidature de Montpellier au patrimoine mondial de l’UNESCO. Enjeu : faire reconnaitre Montpellier comme ayant une valeur universelle, et exceptionnelle pour l’humanité. Occasion d’intensifier le programme de valorisation des monuments, sur la ville et les territoires alentour.

Transports : au niveau de la Métropole démarre le lancement du plan mobilités actives, ainsi que la mesure emblématique de la gratuité des transports avec une première étape, dès le 1er septembre avec la gratuité pour les métropolitains tous les samedis et dimanches.

Réactions au cours de la séance : pour Max Levita, Michaël Delafosse se croit en 1981 : « vous vous croyez en 1981. Nous sommes en 2020. La politique de 81, elle s’est arrêtée en 1983. » Quant à Serge Guiseppin, avec son groupe “le coeur et l’action” : il attend « avec beaucoup d’impatience et beaucoup d’attention le budget complémentaire, qui je l’espère sera plus en adéquation avec la situation covid, économique et sociale. » Et sinon, Mohed Altrad était encore absent.

Le Budget Primitif 2020 s’élève à un total de 576M€, avec 361M€ en fonctionnement et 214M€ d’investissement.

[VIDEO] Voir ou revoir, le Conseil municipal du 30 juillet 2020 :

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