Le monde du jeu vidéo est en pleine évolution. Une émergence s’est faite jour grâce au développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication et le développement de l’internet : le monde de l’eSport.

Autrefois, pour les plus anciens, les jeux vidéo se résumaient en partie en solo ou à plusieurs en local. À titre d’exemple, la Gamecube, console de Nintendo ne pouvait supporter le branchement que de quatre manettes, limitant par là même les parties de Mario Kart… Dorénavant tout a changé. Dans quasiment chaque jeu vidéo, un mode compétitif existe.

Fort de ce nouvel état de fait, la présidente de la région Occitanie, Carole Delga pouvait encore déclarer le 6 juin dernier, à propos de l’Occitanie eSports organisé à l’Arena de Montpellier : «  L’Occitanie eSports doit être une référence pour les gamers et pour les professionnels. Je veux faire de l’Occitanie une grande terre de l’eSport. Cette filière doit devenir demain un secteur économique de poids en région. »

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Si cette filière devient un secteur économique de poids en région, alors comment est perçu l’eSport en France ? Comment est organisé actuellement l’eSport ? Comment devenir un gamer professionnel ? Quels sont les enjeux économiques de l’eSport ? La présidente de Région a-t-elle raison de suivre le chemin de l’eSport ?

La comparaison entre les pratiques du sport et de l’eSport

De nombreux liens existent entre les mondes du sport et de l’eSport. Et il suffira d’en citer que quelques-uns  pour s’en convaincre : la passion, l’entraînement, la compétition et l’esprit d’équipe.

D’ailleurs de nombreux sportifs jouent à des jeux vidéo. Antoine Griezmann, en est l’exemple parfait, joueur réguler de Fifa.

En parallèle, la chaîne sportive beIN Sport a dans sa grille de programmation une émission hebdomadaire nommée « beIN eSports » présentée par Laure Valée et Tweekz, dans laquelle les deux animateurs donnent des nouvelles sur les compétitions en cours, des résultats, reçoivent des invités et des reportages sont diffusés pendant l’émission. Organisant, pendant toute la saison du jeu Fifa, un magazine spécial, intitulé beIN « Orange e-Ligue 1 », présenté par Bruce Grannec, trois fois champion du monde sur Fifa et une fois sur Pro Evolution Soccer et Mahmoud Gassama. Les animateurs passant même au commentaire sportif lors d’une match entre le PSG et l’OGC Nice, en mai dernier, démontrant, avec brio, le lien entre sport réel et virtuel.

Quel est le profil des passionnés d’eSport ?

L’association France eSports rassemble les plus grands acteurs de l’eSport en France. Le 30 septembre 2018, l’association présentait le tout premier baromètre de l’eSport en France, réalisé par Médiamétrie.

Il en ressort que si cinq millions de personnes ont regardé de l’eSport sur internet, à la télévision ou lors d’un événement, seulement deux millions de joueurs pratiquent des compétitions en ligne, un million cent pour le plaisir et neuf cent mille en tant qu’eSportif amateur.

Enfin, selon l’étude, les activités physiques et culturelles sont davantage présentes chez les pratiquants d’eSport, que sur l’ensemble des internautes interrogés. On pourrait croire que le joueur reste les trois quarts du temps cloué à son ordinateur, mais cela n’est rien de moins qu’un cliché.

L’eSport se fédère en France

L’association France eSports est une association loi 1901 à but non lucratif qui se donne pour objectif de rassembler les acteurs de sport électronique en France, afin de leur offrir une plateforme de collaboration efficace et un canal de communication fédérée – qu’ils soient Joueurs, Promoteurs, ou Créateurs-Éditeurs de jeux.

Dans le cadre d’une collaboration globale entre France eSports et le Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF), la seconde édition du colloque « Innovation Sport » a pris place durant une demi-journée, le jeudi 6 juin, afin de développer le rapprochement entre les mouvements Olympique et sportif et l’industrie eSportive. À la suite de ces échanges, une convention, en cours d’élaboration, sera signée entre le CNOSF et France eSports.

Une preuve de plus que les mondes du sport et de l’eSport peuvent et doivent se rapprocher.

Quels sont les tournois où les récompenses monétaires sont les plus importantes ?

Jens Hilgers, entrepreneur en eSport depuis 1997, fondateur de plusieurs équipes et organisateur d’événements a créé selon un modèle économique basé sur les récompenses annuelles données lors des tournois et en fonction de la répercussion de ceux-ci sur le public, un classement en trois parties des principaux jeux à travers le monde.

Parallèlement, un classement en dollars est réalisé depuis le début des lancements des tournois par Ginx eSport TV. En 2018, on retrouvait ainsi dans les premières places du classement :

  • Dota : 144 625 863,37 $
  • Counter-Strike : 70 519 136,31 $
  • League of Legends : 53 483 008,48 $
  • StarCraft : 34 312 364,75 $
  • Call of Duty : 17 807 918,43 $

Comment sont organisés les tournois d’eSport ?

Il y a tout d’abord un aspect légal en France à respecter. Toute organisation de compétition de jeux vidéo et de participation de mineurs à ces compétitions est réglementée par la loi du 7 octobre 2016 pour une République numérique.

Cette loi définit en substance, quelles compétitions peuvent être organisées, comment déclarer une compétition physique de jeux vidéo, qui peut participer à une compétition de jeux vidéo et un laïus sur les compétitions se déroulant intégralement ou partiellement en ligne.

Il existe les tournois locaux qui attirent foule d’équipes, de joueurs, mais aussi de specta­teurs en fonction des jeux choisis comme les jeux de sport (FIFA), les jeux de combat (Street), les FPS (jeu de tir à la première personne comme Counter Strike ou encore Call Of Duty), mais surtout les Battle Royale (jeu de tir dont le but est d’être l’unique survivant comme Fortnite) et les MOBA (jeux dans lesquels on protège une base en incarnant un héros comme dans League Of Legends).

Et puis, il y a les tournois organisés par des spécialistes tels que l’ESL, l’organisateur du dernier tournoi CS : GO, à Montpellier. ESL est la plus grande société eSports au monde avec les IEM, ESL One, ESL Pro League ESL CN, GO4 sur League of Legends, Fifa, CS : GO, Overwatch…

Qui participe à ces tournois professionnels ?

Les équipes et les associations ne sont pas aussi fermées qu’on le pense et cherchent souvent à recruter des talents : le tout est de savoir se mettre en valeur !

Alors, comment devenir un eSportif performant ?

Pour devenir meilleur, il n’y a pas de secrets, il faut s’entraîner régulièrement et en principe choisir un type de jeux et de préférence un jeu en particulier.

Tous les gamers professionnels passent par de longues séances d’entraînement quotidiennes. Ils apprennent de leurs erreurs et découvrent souvent des ressources souvent cachées qu’ils ne soupçonnaient pas eux-mêmes.

Ne faut-il pas avoir des caractéristiques particulières ?

Les gamers professionnels ont un talent pour les jeux vidéo, c’est certain. Des réflexes, une capacité à réfléchir plus vite que les autres, à anticiper les actions de l’ adversaire.

Il est donc certain que pour posséder toutes ces caractéristiques, en règle générale, le gamer professionnel est plutôt dans la tranche des 20 – 30 ans que des quinquagénaires.

Alors n’importe qui peut réussir ?

Oui et non. Faisons une comparaison avec un jeune joueur d’un centre de formation d’un club de football comme celui de Montpellier ou de Nîmes. Tous rêvent d’être footballeurs professionnels, mais très peu réussissent. Pourtant ils ont tous du talent, des capacités hors normes, mais il faut aussi un facteur chance.

Beaucoup de compétitions fleurissent dans des événements locaux et internationaux autour de titres qui sont joués par des millions de personnes. Et il existe des compétitions qui permettent de se qualifier pour de plus grandes compétitions. Prenons ainsi l’exemple de Fifa, depuis le dernier opus, à condition de se qualifier, chaque joueur peut participer à une compétition en ligne, FUT Champions, qui met en concurrence tous les joueurs de la planète. Les meilleurs se voient alors attribuer des points pros qui leur permettent d’accéder aux tournois qualificatifs.

La part de chance provient évidemment du matchmaking, qui est le tirage au sort contre l’adversaire que vous allez affronter. Tomber sur un joueur professionnel, et alors le rêve de marquer des points s’envole.

Autre notion importante, c’est le budget consacré pour devenir le meilleur. Plus vous mettez d’argent dans le jeu, plus votre équipe devient compétitive. Il y a aussi le matériel gaming qui permet d’avoir un avantage sur son adversaire. En réalité rien n’est simple, il faut de la persévérance.

Existe-t-il des moyens pour progresser plus rapidement ?

La chaîne de magasins spécialisés Micromania-Zing vient de s’associer avec Gaming Campus, le 1er campus étudiant en Europe dédié à l’industrie du jeu vidéo pour créer la « Gaming School » : l’école de jeu vidéo.

Elle s’adresse à l’ensemble des 74% des Français, adeptes des jeux vidéo. Qu’ils soient novices ou expérimentés, les « élèves » peuvent, selon leurs niveaux et leurs pratiques, assimiler les bases d’un jeu, être accompagnés pour progresser et évoluer plus rapidement, comprendre les bons usages du jeu vidéo ou encore suivre un coaching intensif pour optimiser leurs performances et leurs classements.

Sur le même modèle qu’une école de danse ou de musique, la Gaming School suit une démarche pédagogique et dispose d’une équipe d’enseignement spécialisée. Cette expertise pédagogique est assurée par le Gaming Campus, qui forme à tous les métiers de l’industrie du jeu vidéo ainsi que des athlètes eSportifs professionnels. La Gaming School rassemble ainsi 15 professeurs, chacun spécialisé dans un jeu.

Cette nouveauté en France, est aussi un levier de croissance pour une chaîne de magasins spécialisés qui cherche des solutions pour pallier le manque à gagner  du à la dématérialisation des jeux vidéo.

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Si ce service payant est très utile pour progresser, il n’est certainement pas suffisant pour devenir le meilleur.

Quels sont les enjeux économiques de l’eSport ?

Pour 2020, les prévisions se chiffrent entre un et trois milliards d’euros. Difficile, dans ces circonstances, de ne pas comprendre les enjeux économiques de l’eSport et l’intérêt des sponsors et partenaires dans ce domaine.

Soutenant un joueur ou une équipe par l’achat de matériel, le paiement d’un salaire ou de frais de transport, ces sponsors bénéficient en échange d’une visibilité accrue. La croissance du marché de l’eSport a été soulignée à de nombreuses reprises par la plupart des grands cabinets d’audit internationaux. Il existe aujourd’hui une corrélation entre une assez forte demande, des investissements de plus en plus nombreux, des revenus importants et des emplois créés.

Bien que des phénomènes de bulle puissent apparaître dans certains domaines, il est aujourd’hui incontestable que l’eSport est un secteur en pleine expansion et se développe sur des bases solides, fondamentales, avec la volonté des pouvoirs publics de faire évoluer les choses.

Il est donc logique qu’une concurrence internationale s’installe. Attirer des événements majeurs, des entreprises et des investissements internationaux reste bénéfique pour l’économie française.

Mais actuellement, la France est dans une situation paradoxale en ce qu’elle est clairement une « terre » de l’eSport, avec un public considérable et reconnu pour sa passion, avec des évènements notables (par ex. la finale de l’ESL Pro League CS : GO à Montpellier) et avec un réseau fibré en plein développement, tout en restant en retrait par rapport à des pays comme l’Allemagne, la Suède ou les États-Unis. C’est en ce sens que le rôle des pouvoirs publics sera primordial pour favoriser l’attractivité de la France à l’heure de l’explosion de l’eSport.

L’Occitanie qui accueille sur son territoire, l’un des plus grands éditeurs de jeux vidéo, Ubisoft, a tout intérêt à se lancer dans l’aventure de l’eSport et de faire de Montpellier, la capitale du jeu vidéo en France.

Le succès de la seconde édition de l’Occitanie Esports 2019 qui s’est tenue du 21 au 23 juin à l’Arena de Montpellier, avec plus de 10 000 visiteurs et 700 joueurs au rendez-vous et une affluence record sur Twitch, démontre que l’Occitanie est capable d’organiser de grand rendez-vous.

Alors, oui, Mme Delga a raison, l’Occitanie doit être une grande terre de l’eSport en France car cette filière est l’avenir de l’économie numérique de demain.

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