Le géant pétrolier et gazier Exxon Mobil sait depuis des décennies que les émissions de carbone résultant de la combustion de combustibles fossiles contribuent au réchauffement de la planète. Mais elle n’a pas partagé cette information avec le public. Au lieu de cela, elle a activement dissimulé les informations sur le lien entre les combustibles fossiles et le réchauffement de la planète.

Dans le même temps, l’industrie des combustibles fossiles a dépensé d’énormes sommes d’argent pour mener des campagnes visant à tromper le public et les responsables politiques et à promouvoir le déni climatique à grande échelle.

En 2016, l’ONG Food & Water Europe a déposé une pétition demandant à l’UE de donner suite à la supercherie climatique d’Exxon Mobil. Alors que la société est déjà sous enquête aux États-Unis[1], Exxon Mobil a fait l’objet d’une audition publique sur le déni du changement climatique au Parlement européen[2]. C’est la première fois que ses actes répréhensibles sont examinés au niveau de l’UE.

Réaction de Michèle Rivasi :

Exxon Mobil a induit le public en erreur au sujet du changement climatique et de ses conséquences. Des milliers de pages de preuves documentées révèlent que l’industrie est au courant des dangers fondamentaux du réchauffement planétaire depuis 60 ans[3]. Pourtant, au lieu d’agir ou d’avertir le public, elle a fait de son mieux pour semer le doute et la désinformation – d’abord sur l’existence du changement climatique, puis sur son étendue et sa cause.

Exxon Mobil possède non seulement des gisements de pétrole et de gaz en Europe, mais aussi une influence considérable sur l’élaboration des politiques de l’UE. Exxon Mobil orchestre et finance des campagnes de déni et de retardement, de même ampleur que celles de Big Tobacco. Par le lobbying direct, le parrainage de groupes de réflexion, l’adhésion à des associations professionnelles et des lobbyistes pour le compte de consultants, Exxon a établi une présence solide à Bruxelles et exerce une influence sur le cœur politique de l’UE. Elle a dépensé plus de 30 millions d’euros depuis 2010 pour faire pression sur les décideurs de l’UE[4]. Le géant du pétrole et du gaz lutte ainsi contre les énergies renouvelables et colporte de fausses « solutions » à la crise climatique, telles que nouveaux investissements dans les infrastructures gazières, ainsi que dans le captage et le stockage du carbone.

Exxon Mobil et d’autres grandes entreprises polluantes continuent de nous montrer qu’elles placent leurs profits avant tout. Le lobbying trompeur d’Exxon ralentit depuis trop longtemps les ambitieuses politiques européennes en matière de climat. Notre seule chance de faire face à la catastrophe climatique imminente est de les tenir aussi loin que possible de la prise de décision. Il faut absolument mettre l’intérêt de la société civile avant l’intérêt des énergies fossiles! Nous devons nous appuyer sur la communauté scientifique, l’engagement citoyen, une presse libre et une juridiction indépendante! 

Exxon Mobil a bien voulu saisir toute occasion de faire pression sur les décideurs européens, mais refuse de se présenter à l’audience devant le Parlement européen pour expliquer son comportement. Avec mes collègues du parlement européen, nous avons demandé leur retrait des badges de la multinationale, comme nous l’avions demandé pour Monsanto en 2017[5]. Exxon doit être tenu pour responsable !


[1] Exxon fait déjà face à des poursuites judiciaires dans le Massachusetts et l’État de New York pour dissimulation de son climat : https://www.vox.com/energy-and-environment/2019/1/7/18172275/supreme-court-exxon-climate-change-massachusetts

[2] Cette audition publiqué a eu lieu au parlement européen ce jeudi 21 mars:

http://www.europarl.europa.eu/cmsdata/161700/Programme%20PETI-ENVI%20Hearing%20on%20Climate%20Change%20Denial.pdf

[3] Le Dr Geoffrey Supran, chercheur postdoctoral à Harvard, a co-écrit en 2017 avec la professeure Naomi Oreskes la première analyse universitaire examinée par des pairs de l’historique des communications climatologiques d’Exxon Mobil. Il a témoigné en tant que témoin-expert à l’audition du parlement européen et a confirmé que ça fait 60 ans qu’Exxon Mobil est au courant des d’impacts de l’exploitation des énergies fossiles.

[4] Un nouveau rapport du Corporate Europe Observatory, qui doit être publié le mardi 19 mars, révélera les derniers chiffres, liens et impacts du lobbying d’Exxon en prévision de la prochaine audience : https://corporateeurope.org/climate-and-energy/2019/03/climate-arson-strategies-and-impact-exxonmobil-dangerous-eu-lobbying

[5] Lorsque, en 2017, la société de produits chimiques Monsanto (rachetée par Bayer depuis) a refusé d’assister à une audience publique du Parlement européen sur des allégations d’ingérence réglementaire, les parlementaires ont pour la première fois appliqué de nouvelles règles visant à révoquer l’accès au Parlement pour les entreprises ignorant les sommations.

Michèle RIVASI
Députée européenne EELV, co-fondatrice de la CRIIRAD