Brexit ? Le terme est dorénavant connu des Européens et des Britanniques, mais il continue à surprendre en Europe, et aussi dans le monde.

Stupeur et interrogations. On pensait généralement que la construction européenne, longuement négociée entre les parties, était approuvée par les états et les peuples concernés. Certes, l’adhésion à la communauté européenne n’a jamais suscité d’enthousiasme outre-Manche.

Rappel : au Royaume-Uni, l’adhésion est approuvée le 28 octobre 1971 par la Chambre des communes, alors que l’opinion publique britannique est partagée sur le bien-fondé de l’adhésion à la Communauté économique européenne (CEE). Le 22 janvier 1972, Edward Heath, partisan d’une adhésion, signe à Bruxelles le traité d’adhésion ; le 13 juillet 1972, la Chambre des communes se prononce à nouveau en faveur de l’adhésion, le 20 septembre, la Chambre des lords fait de même. Et le 6 octobre, la Reine clôt la procédure d’adhésion et le Royaume-Uni intègre la Communauté européenne dès le 1er janvier 1973.

Aujourd’hui, 46 ans plus tard, la décision anglaise est un départ pur et simple de l’Europe, le 29 mars prochain.  Le terme Brexit est une expression qui vient de la contraction de deux mots anglais, « British » (britannique) et « Exit » (sortie). Au-delà du raccourci de communication, c’est la plus grave crise qu’ait connue l’Union européenne depuis sa fondation.

Londres a largement voté contre le Brexit

Au départ, cela reste néanmoins le résultat d’une consultation démocratique. Le 23 juin 2016 s’est déroulé un référendum chez nos voisins britanniques. La question posée à la population lors de ce vote est : « Le Royaume-Uni doit-il rester membre de l’Union européen ou quitter l’Union européenne ? » Le gouvernement anglais, dirigée par Theresa May est pour le maintien de son pays dans l’Union européenne, mais le résultat à cette question a été, à une petite majorité : OUI au Brexit, donc un vote favorable à la sortie du Royaume-Uni de l’UE. Les Britanniques ont voté à 51,9 % pour une sortie de l’UE, contre 48,1% pour un «Bremain» (maintien). Ce scrutin historique laisse voir une nation fracturée. Les électeurs plus jeunes ont voté pour rester dans l’UE. Les classes populaires et les votants non diplômés ont préféré la sortie de l’UE. Fracture géographique aussi, Londres a largement voté contre le Brexit, ainsi que l’Irlande du Nord et l’Écosse.

Voici les trois arguments les plus décisifs en faveur du «Leave» (le départ) : les décisions concernant la nation doivent être prises au Royaume-Uni ; le Brexit permettra de reprendre le contrôle sur l’immigration et les frontières ; et enfin, le «Bremain» laisserait peu de choix à propos de la manière dont l’UE étend ses pouvoirs précise le média suisse Le Temps, analysant le ressenti de l’opinion publique britannique.

Après le vote, la rupture devra s’effectuer par la Première ministre du Royaume-Uni, en deux ans minimum, à partir du 29 mars 2017, date du déclenchement de l’article 50 du traité de Lisbonne. Cette période de deux ans sera consacrée aux négociations nécessaires pour organiser cette sortie du Royaume-Uni de l’UE. Bref, le 29 mars 2019, tout doit être réglé. Dans deux mois. C’est terriblement court pour une négociation internationale qui ne fait en réalité que commencer !

Un divorce historique

Et les premières discussions se passent mal. La Première ministre britannique, Theresa May, favorable personnellement au maintien dans l’UE, est contrainte par sa majorité de réaliser la rupture, mais elle doit tenter de négocier au mieux la sortie de l’UE par son pays. L’Union européenne, surprise et très agacée, ne souhaite pas rechercher de compromis particuliers. C’est du côté de l’UE, l’affirmation d’un « no deal », aucun compromis avec le Royaume-Uni sur les modalités de sortie du pays de l’UE.

Cette décision britannique ne sera pas sans effet sur l’économie anglaise, mais aussi sur l’économie européenne. Des économistes du CEPII (Centre d’Études Prospectives et d’Informations Internationales) estiment que sans accord, le PIB du Royaume-Uni pourrait reculer à minima de 2,8 %. Mais ce n’est pas tout. Il existe des coûts directement liés à une sortie du pays sans accord avec l’UE. Voici quelques chiffres significatifs ; une hausse de 11 à 74 % de frais de douane pour les exportateurs britanniques ; 20 à 30 % de frais de douane (contre 2 à 3% auparavant) pour les importations en provenance de l’Union européenne. Ces importations représentent 30 % de la consommation annuelle du Royaume-Uni. Les entrées d’investissements directs étrangers (IDE) au Royaume-Uni ont déjà baissé de 16 à 20 %. Cette baisse d’IDE pourrait même atteindre 25 % dans le secteur des services, qui représente 80 % de l’économie britannique.

On est donc dans la pire période du divorce. Et comme dans tous les divorces, c’est l’annonce de la rupture qui crée toutes les tensions, tous les énervements.

« Après le rejet massif de l’accord négocié entre Londres et Bruxelles par la Chambre des communes le 15 janvier et l’absence d’avancée réelle dans le « plan B » dévoilé par Theresa May le 21 janvier, tous les scénarios restent sur la table », note l’hebdomadaire Usine nouvelle qui propose quatre scénarios possibles : un Brexit dur, sans aucun accord ; pas de Brexit du tout par l’organisation d’un nouveau référendum au Royaume-Uni. Selon les sondages, le vote pour le maintien dans l’Union européenne serait désormais majoritaire à 56 % ; une nouvelle négociation pour limiter les freins aux échanges, le Royaume-Uni discuterait avec l’Union européenne un accord large de libre-échange permettant de faciliter les procédures de passage en douanes, de maintenir des droits proche de zéro, de prévoir une convergence des normes dans certains secteurs et donner un statut aux citoyens britanniques et européens résidant des deux côtés de la Manche. Mais les Européens vexés n’y sont pas favorables. Dernière option, option la plus réaliste, le report de la décision du Brexit après le 29 mars. Problème, le calendrier : les élections européennes qui renouvellent les membres du Parlement européen se déroulent en mai 2019. Pas de candidats britanniques ?

Affaiblissement de l’Europe

L’affaire n’est pas close et des compromis de dernière minute entre les deux parties restent imaginables. Mais le Brexit réalisé ou non, souligne deux difficultés majeures.

Le Royaume-Uni, dans une île située dans l’Océan Atlantique a toujours été très sensible à des relations renforcées et privilégiées avec son ancienne colonie anglophone, devenue la première puissance mondiale, les États-Unis. Mais Washington, qui mesure avec satisfaction son réseau d’influence international, ne veut pas non plus trop se mêler à l’imbroglio européen.

Côté Union européenne, justement, la brouille sérieuse avec le Royaume-Uni souligne les très grandes faiblesses de la construction d’un modèle « Union européenne ». Ce n’est pas encore aujourd’hui une fédération politique organisée entre 27 pays européens. C’est un accord limité entre quelques états puissants de l’UE et les débats d’un vague parlement. De ce fait, l’Europe, dont le PIB est quasiment équivalent à celui des États-Unis, n’a que très peu de poids dans les décisions internationales, que ce soit au niveau des choix économiques, diplomatiques ou de défense. Toutes les décisions essentielles.

À noter  : en Occitanie, ils sont officiellement 26 049 citoyens britanniques recensés selon les chiffres de l’Insee (2016). 15 586 résidents en Midi-Pyrénées et 10 463 en Languedoc-Roussillon.