Dimanche 6 janvier, aux pieds des Arènes de Nîmes. Endroit romain superbe, mais il faisait froid, ce jour-là, avec un mistral glaçant. De cent à trois cents manifestantes, selon les moments et les endroits de ce rendez-vous, avaient répondu à l’appel des « Femmes Gilets Jaunes » de Nîmes, et du Gard. Beaucoup de femmes étaient bien sûr présentes.

« On ne reculera pas, » explique Martine B., l’une des animatrices du mouvement sur Nîmes. Même si, dans ce mouvement personne n’est officiellement « animateur », ni bien sûr « animatrice » : « ll n’est pas question de reculer. Le mouvement des Gilets Jaunes est l’expression d’une grande colère de la population française. Le gouvernement doit écouter les revendications  populaires, » explique-t-elle, après avoir accepté de répondre aux questions d’un journaliste. Martine était cadre dans une entreprise. Son mari était patron d’une petite PME. Alors, comment voyez-vous les prises de position des salariés, voire de vos ex-salariés, des retraités, des chômeurs… ? « On partage la colère de tout le monde ! Et on est là pour longtemps ! » assure-t-elle.

Il est vrai que la mobilisation a été bien supérieure aux pré-estimations préfectorales. Le gouvernement comme partout en France pariait sur un essoufflement, voire après les fêtes de fin d’année sur une anorexie progressive de la contestation. 50 000, 100 000 participants en ce début du mois de janvier ? Peut-être plus, après les fêtes de fin d’années, contrairement aux espérances officielles. Cela étant, ce qui surprend le plus, c’est l’extrême diversité sociale et politique des personnes rencontrées. Et de leur extrême colère. Visiblement durable.

« Foule haineuse »

Le gouvernement et son Président en ont-ils conscience ? Après la mi-décembre, Emmanuel Macron avait fait une déclaration publique gentillette, s’excusant presque auprès des Français, de ses éventuelles erreurs passées. Mais à la fin de l’année, le discours présidentiel une quinzaine de jours plus tard était totalement différent. Là, on ne rigole plus. Les protestataires ? Des séditieux. Lors de ses vœux aux Français, le 31 janvier 2018, pour appeler aux attentes de la Nation pour l’année qui suit, le Président Macron s’en est violemment pris aux Gilets Jaunes, les définissant comme une « foule haineuse » qui veut s’en prendre aux élus, aux forces de l’ordre, aux journalistes, aux étrangers, et même, aux juifs et aux homosexuels… Pitoyable.

« Le peuple ? Mais quel peuple ? » a-t-il même conclu pour dénoncer ses protestataires. « Le Président ? Mais quel Président ? » pourrait-on dire alors…

On commence à débattre

Le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux a été évacué samedi dernier de son bureau, après l’intrusion de manifestants violents, dans la cour de son secrétariat d’État situé rue de Grenelle, non loin de l’Assemblée nationale. Il est vrai que la dernière intervention télévisuelle du Porte-parole a surpris par ses excès verbaux : « Nous devons aller plus loin dans le changement, être plus radicaux dans nos méthodes.» Intervenant au nom du gouvernement, Benjamin Griveaux, Porte-parole du gouvernement, « ce mouvement est désormais devenu, pour ceux qui restent encore mobilisés, le fait d’agitateurs qui veulent l’insurrection, et au fond renverser le gouvernement ». Les « plus radicalisés », dont certains « sont habitués des plateaux télé », sont « dans un combat politique,» a-t-il dénoncé, voulant renverser la république en appelant à une « radicalisation du gouvernement ». Radicalisation du régime ? Comme si dans le cadre de la Vème République, cette hypothèse pouvait être constitutionnellement crédible ? Griveaux se prend pour Massu, mais Macron n’est pas de Gaulle…

Ce garçon, ancien socialiste proche de Strauss-Kahn, est visiblement un « tapé » qui croit dorénavant à l’omnipotence politique macronienne, de type autoritaire. Serait-ce également une tentation de son patron ? On ne peut pas le croire.

Mais dans le même temps, le président veut à tout prix maintenir de nouvelles réformes qui vont mouvementer de nombreuses populations : le maintien de l’Impôt de solidarité sur la fortune (ISF), les réformes sur les chômeurs de Pôle Emploi, les retraités, et aussi « réforme » de la Fonction publique. Et pour finir, une remise en cause d’un accord profond de notre société, la Loi de 1905, scellant un compromis fondamental de la Nation française de séparation entre l’État et les Religions.

Bref, il faudrait calmer le Président.