À Nîmes, ce jeudi 6 décembre, les Gilets Jaunes avaient appelé à un rassemblement devant la préfecture du Gard et du Conseil départemental qui partagent un même groupe d’immeubles. Ils étaient une quarantaine réunis tôt dès le matin. Quelques policiers sont rapidement venus constater le caractère pacifique du rassemblement, et sont repartis tout aussi vite.

L’initiative intervenait dans un contexte particulier : après avoir annoncé en début de semaine, un moratoire, l’exécutif a finalement affirmé mercredi qu’il supprimait la hausse des taxes. « Le président et le Premier ministre ont souhaité de concert que la hausse de la taxe carbone prévue dans le budget 2019 soit supprimée. Le débat citoyen, et parlementaire des semaines et des mois à venir devra permettre de trouver les solutions, et les financements qui répondront aux enjeux de la transition écologique, solutions qui devront préserver le pouvoir d’achat de nos concitoyens », a détaillé la présidence de la République.

Plus de moratoire, mais une suppression pure et simple

Plus de moratoire, mais une suppression pure et simple des nouvelles taxes annoncées, alors que pendant les trois premières semaines de la mobilisation des Gilets Jaunes, Emmanuel Macron et son gouvernement avaient affirmé partout qu’ils ne reculeraient en rien sur cette hausse de la fiscalité. Mais l’importance de la mobilisation sociale a obligé l’exécutif à chercher des voies d’apaisement.

Les mesures annoncées ont-elles incité les Gilets jaunes de Nîmes à envisager un apaisement voire trouver une issue à leur mobilisation ? « Pas du tout,» répond Pierre Dehon, l’un des porte-parole sur Nîmes,« ces nouvelles taxes scandaleuses étaient refusées par la population française, le gouvernement a fait un pas en arrière. Tant mieux. Mais il faut noter que cette décision est datée : elle ne concerne que la Loi de Finances 2019. Qu’adviendra-t-il plus tard ? On n’en sait rien ».

Donc pas de progrès pour l’ouverture d’éventuelles négociations décentralisées sur la situation sociale que le gouvernement a concédée ces dernières heures, avec la participation des élus, syndicats et de représentants du mouvement des Gilets jaunes ? «  Pas de progrès,» constate Michel Severan, l’autre-parole du mouvement,« notre mouvement, au-delà de la question des taxes, pose d’abord le problème global du pouvoir d’achat des Français. Nous avons un corps de revendications cohérentes et concrètes : suppression de la CSG, augmentation immédiate du SMIC, création d’un minimum de revenu pour les retraités indexé sur ce SMIC. Rétablissement de l’ISF, l’impôt sur les grandes fortunes. D’autres exigences concernent notre vie démocratique et nous avons là aussi quelques exigences : la réalisation concrète de référendums sur initiative populaire, mais aussi la possibilité d’une destitution des élus fautifs ou en désaccord avec la volonté exprimée par les citoyens. Sans oublier le maintien des services publics, particulièrement dans un département comme le Gard où ces services publics, les écoles, les établissements de santé, et bien d’autres services d’aide au public au sens large, sont constamment réduits ». Ces positions sont largement partagées par les Gilets jaunes présents. « Le gouvernement n’a pas reculé, tranche l’un des participants au rassemblement, il veut toujours prendre plus de fric dans l’une de nos mains, tout en refusant totalement d’en verser dans l’autre ».

La Préfecture a demandé dans la matinée de rencontrer des représentants des Gilets Jaunes. Le mouvement avait également demandé d’être reçu par les élus du Conseil départemental. Demandes acceptées. Une première délégation a pu s’entretenir avec Thierry Doucet, directeur du cabinet du préfet, et deux de ses adjoints. « L’entretien s’est réalisé dans un bon climat,» rapporte Pierre Dehon,« nous avons pu exposer nos demandes qui sont nationales au sein du mouvement. Thierry Doucet nous a apporté la garantie que le préfet reportera cet entretien et nos revendications sur Paris. Il nous a également conseillé de nous structurer plus efficacement dans l’optique d’une concertation accrue ».

L’autre délégation reçue par le Conseil départemental était composée de onze Gilets Jaunes. Ils ont pu s’entretenir longuement, pendant près de deux heures avec le Président du Conseil départemental, Denis Bouad et l’un de ses vice-présidents. « L’échange fut intéressant et chaleureux, » commente Maxime Ansette, l’un des participants, « nous avons pu exposer nos demandes et les expliquer. Le président du Conseil départemental, élu socialiste, nous a apporté, sans ambages, son soutien ».

#8decembre2018 14 heures quartier des Costières

Les Gilets Jaunes se préparent évidemment à la journée du samedi 8 décembre, rassemblement qui se déroulera à 14 heures, dans le quartier des Costières, pour rejoindre sans doute ensuite, le centre-ville de Nîmes dans le quartier de la préfecture. « Mais nous préparons les samedis suivants » prévient Michel Severan. Il est vrai que malgré les violences qu’a connues Paris samedi dernier, les Français soutiennent toujours le mouvement : les Gilets Jaunes recueillaient l’approbation de 78% des sondés, un soutien qui montait à 84% le 29 novembre et qui se stabilise à 72% d’opinions positives le 5 décembre. Un score sans précédent dans l’histoire des mouvements sociaux.

À quelques dizaines de mètres de la préfecture, sur l’Esplanade, se réuniront le même jour, à 14h30, des citoyens inquiets du réchauffement climatique, dans une grande « Marche pour le climat ». Rapprochement géographique, sinon convergence de Nîmois mécontents.