Frontignan, place de la Vieille Poste, il n’y aura plus de poste ?

À l’heure où le Premier ministre dévoile sa méthode pour supprimer 120 000 postes d’agents de la fonction publique d’ici à 2022, Frontignan fait face à une triste réalité : aujourd’hui 31 octobre sur la place de la Vieille Poste, il n’y a plus de poste.

Suzon Anglade, et son collectif citoyen avaient organisé un rassemblement, à Frontignan La Peyrade pour protester contre la suppression de ce service public de proximité. C’était le 24 octobre dernier. Dans la foulée le 26 octobre s’est tenue une réunion avec la direction régionale du réseau de La Poste. Sans résultat, la fermeture est actée, La Maison de la Presse sera certainement le dépositaire de La Poste pour un transfert des services à une sorte de relais postal « privé ».

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Quand la rentabilité tue l’harmonie d’un centre-ville

2010. Une année déjà lointaine où la Poste française a changé de statut pour « affronter » la concurrence européenne et devenir une société anonyme à capitaux publics. Le 27 février 2010, dans son article 6, le capital social est fixé à un milliard d’euros, et il est divisé en cinq cents millions d’actions de deux euros. La Poste SA est née. Aujourd’hui, son capital est de 3 800 000 000 euros. Elle réalise plus de 24 milliards d’euros de chiffre d’affaires, et elle est le 2e employeur public de France après l’État, avec ses 253 000 salariés.

Depuis 2013, Philippe Wahl est le Président-directeur général du Groupe La Poste. Son crédo : « La Poste 2020, Conquérir l’Avenir, » avec la mise en place d’une stratégie numérique, et une volonté de faire évoluer le métier de facteur. Mais d’ici la fin 2020, le Groupe La Poste, et sa jeune SA qui a fêté ses 8 ans devrait perdre 1,6 milliard d’euros de chiffre d’affaires. Une annonce faite par Philippe Wahl en juin 2018 lors de son audition au Sénat. Harmonisation des chiffres, le PDG devra devant de telles prévisions, modifier son modèle d’affaires, pour que son résultat d’exploitation comme en 2017, atteigne les 1 012 millions d’euros.

La loi oblige à une présence territoriale de 17 000 points de contact

Si la loi oblige une présence territoriale, ici à Frontignan, cela, commence concrètement par la transformation d’un point de contact. Point de contact, c’est le terme générique utilisé dans la loi n° 90-568 du 2 juillet 1990, modifié en 2016 et qui précise que : “pour remplir sa mission, La Poste adapte son réseau de points de contact, notamment par la conclusion de partenariats locaux publics ou privés, en recherchant la meilleure efficacité économique et sociale. Ce réseau compte au moins 17 000 points de contact répartis sur le territoire français…”  La loi oblige donc La Poste SA a entretenir 17 000 points de contact. Sur le terrain, on peut traduire ainsi : 17 000 points de contact, soit 8000 bureaux de poste et 9000 points de partenariat.

Transformation ou suppression ?

À juste titre Jean-Louis Bonneric, élu de la ville de Frontignan La Peyrade précise : « un point relais, ce n’est pas un service postal, puisque seront supprimées toutes opérations financières […] les trois bureaux existants fonctionnent depuis des décennies avec une population qui n’a cessé d’augmenter. » Oui, mais un point relais, c’est rentable : sur 700 millions de colis distribués en France, 500 millions le sont par le Groupe La Poste, et cela représente 3,5 milliards de chiffre d’affaires.

Yannie Coquery tranche, pour cette élue de Frontignan les publicités de proximité de La Poste sont “absolument mensongères” et elle indique : « nous qui n’en avons pas l’obligation, nous avons créé, rue Lucien Salette, une maison des services au public. » Créer du lien, la mairie fait sa part. Inquiétude pour Jean-Louis Bonneric, car les responsables de La Poste Réseau ont exprimé le 26 octobre, qu’il n’était pas nécessaire d’informer la municipalité de « cette opération commerciale, » entendre le passage du bureau de poste en point relais est simplement une opération commerciale. Vigilance aussi pour Jean-Louis Bonneric, car le service postal doit être assuré dans un rayon de 5km, et à moins de 20 minutes de trajet. Il y aurait donc un danger pour l’agence de La Peyrade qui est à 3 km de l’agence Mistral.

Pour l’heure, il a été demandé à direction régionale de La Poste SA de surseoir à cette décision de transformation, pour que le conseil municipal puisse se saisir de cette affaire de suppression de bureau de poste. Mais normalement, aujourd’hui 31 octobre sur la place de la vieille poste, il n’y a plus de poste.

Pour Emeric Bazalgette représentant CGT : « La Poste possède un véritable arsenal de moyens pour se dessaisir de ses responsabilités, et de ses prérogatives de service public. Et aujourd’hui, on en a profité pour écarter les élus qui souhaiteraient garder leur bureau de poste.» Une posture assumée par Philippe Wahl le président de La Poste SA, grâce à un accord signé avec l’État et l’AMF : « nous avons obtenu de l’AMF que ce soit le maire qui prenne la décision, et non plus le conseil municipal. C’était très compliqué avec les conseils municipaux. Et donc c’est le représentant de la population, ça c’est ce que l’AMF nous a permis, et nous, nous avons accepté de donner un droit de veto sur la fermeture des bureaux de poste. » Le Groupe La Poste va-t-il temporiser ce changement à Frontignan ? Contractuellement, comment se définit la zone de la Place de la Vieille Poste ? Et, si une décision ne peut plus être prise collectivement, une opposition individuelle reste-t-elle possible, sur cette zone ? L’opération commerciale de transformation aura-t-elle lieu ? La Place de la Vieille Poste deviendra-t-elle la Place du Colis ? À suivre.