Communiqué de presse du Collectif « Une marina : pour qui ? pour quoi ? »

Port d’attache – Expédition 7e continent

Les membres du collectif « Une marina : pour qui ? pour quoi? » souhaitent exprimer leur satisfaction suite à la concrétisation du partenariat qui fait de Sète le port d’attache du nouveau bateau de l’association environnementale : « Expédition 7e continent ».

Le collectif souhaite également rappeler que ce genre d’initiative ne sera plus possible à l’avenir si le port de Sète privatise ses espaces à l’instar du Bassin Orsetti. Depuis le début de notre mouvement contre la marina privée pour méga-yachts, nous revendiquons le fait que le port de Sète doit rester en gestion publique afin de garder la possibilité d’être un port d’accueil et servir des intérêts publics, collectifs.

Réponse à M. Carmes, article paru dans le Midi Libre samedi 15 Septembre 2018

Le collectif « Une marina : pour qui ? pour quoi? » souhaitent répondre aux propos de M. Carmes, directeur du Port de Sète Sud de France :
M. Carmes : « Pourquoi tous les ports veulent ce type d’activité, c’est bien, car cela va générer d’importantes retombées. La concurrence est très, très rude et si on ne les prend pas, ils iront s’installer ailleurs. On voit bien avec Saipol que d’un point de vue économique, le marché est très fragile ».
Réponse du Collectif : les retombés économiques promises ne se basent sur aucune projection financière concrète, ni estimation précise. Nous l’avons montrée à travers notre analyse de la réponse d’YGI Marina à l’appel d’offre du port, analyse que nous avons menée conjointement avec l’association ANTICOR. Le seul argument est « tous les ports le veulent » or, il est important de rappeler qu’il existe une plateforme de réparation à La Ciotat et une autre d’envergure vient d’être attribuée à Marseille. Les yachts qui seraient accueillis à Sète trouveront donc ailleurs les services de réparation et d’entretien qui correspondent à ce type de bateau. Notons que l’activité de très grande plaisance que souhaite développer le port de Sète constitue, selon l’étude que nous avons menée, seulement 10% de la clientèle d’IGY Marina. Ce qui rend encore plus incertaines les retombées économiques. Rappelons enfin que ANTICOR, qui dispose d’une expertise sur les enjeux économiques de ce type de dossier, relève dans son rapport une « instabilité des chiffres » présentés par IGY Marina, qui cache une attractivité qui ne sera pas au rendez-vous. Il est noté qu’IGY Marina semble prendre de nombreuses précautions sur ce point, en écrivant : « Nous attirons l’attention du Port de Sète sur l’approximation des chiffres cités. En effet, les variations sont très importantes ». Cette annotation permet à la société de se prémunir en cas d’échec économique : si les contrats sont conclus sur la base d’éléments chiffrés déjà mis en doute par le rédacteur du projet lui-même, le port de Sète ne pourra pas initier des procédures visant à responsabiliser la société IGY Marina. De telles inexactitudes sont par ailleurs surprenantes pour une société qui se réclame comme « leader » de son domaine !

Quant à l’investissement en matière d’environnement que nous jugeons dérisoire, M. Carmes se défend de l’électrification des quais, or nous savons bien que les conséquences environnementales du développement de la grande plaisance sont bien plus larges. Le poste d’investissement pour l’environnement prévu par IGY Marina est dérisoire : 16 000 € alors qu’il comprend la signalisation et les agréments qui ne remplissent pas des fonctions environnementales, donc seulement 8 500 € non renouvelés sur les années suivantes !

Enfin, sur la question de l’investissement public/privé, M. Carmes indique : « d’ordinaire on investit à parts égales. C’est du 50/50 entre public et privé. Dans ce cas ce sera 2 M€ d’argent public et 6 M€ de fonds privés »

Réponse du Collectif : Dans le projet voté par la région, l’entreprise IGY Marina à prévu d’investir 5,1 millions, seulement 1,8 M€ en 2018 et le reste des investissements plus tard, la plus grosse part étant prévue en 2022 avec 2,5 M€ (cf. tableau ci-dessous), principalement pour les « bureaux » de la marina (« infrastructure »). Y aura-t-il une obligation contractuelle pour aller jusqu’au bout des investissements ou bien ce choix se fera-t-il en fonction des résultats des premières années ? Une bonne gestion ne suppose-t-elle pas des investissements progressifs ? D’autre part, la somme prévue pour l’amélioration des quais par IGY Marina (eau, électricité, bornes à quai, bites d’amarrage) ne dépasse pas 1,2 M€, le reste des investissements étant pour les locaux d’IGY Marina ou pour sa stratégie de communication. Nous ne sommes donc pas sur du 50/50, mais bien sur un investissement supérieur de la région quant à l’aménagement du site (1,2 M€ / 2 M€).

Source : extrait de la proposition de la société IGY pour le projet de pôle d’accueil et de services pour la grande plaisance au bassin Orsetti sur le port de Sète, 17 mai 2018.

Il apparait évident, qu’en l’état actuel le projet ne s’inscrit pas dans l’intérêt général du port et de son territoire, mais dans l’intérêt exclusif d’une entreprise privée. Compte tenu de l’importance des enjeux, nous prendrons l’initiative d’une grande rencontre publique, avec les acteurs concernés et la population sétoise, et demanderons des comptes aux porteurs de ce projet.