Il y a comme un grand flottement. La période estivale fut dominée par l’affaire Benalla : un proche conseiller du Président, se faisant passer pour un policier lors d’une manifestation de la fête du Travail, le 1er mai de cette année. Il s’en est pris rigoureusement et physiquement à un couple qui participait à l’un des cortèges.

Scandaleux, mais marginal. Le plus grave est que le cabinet du Président, immédiatement mis au courant de cette bavure,  a « planqué » le conseiller et étouffé l’affaire. Le quotidien Le Monde, peut-être informé par les milieux policiers, révèle le scandale à la mi-août. Et là, surprise, l’Élysée se refuse à tout commentaire. Puis Emmanuel Macron dément, attitude « révélatrice d’un fonctionnement très clanique au sommet de l’État ». Ce qui surprend le plus c’est la manière provocatrice qu’ Emmanuel Macron a eu de la gérer, clamant : « qu’ils viennent me chercher », note le quotidien La Dépêche. L’incident et surtout la posture présidentielle n’ont rien arrangé à la préparation de la rentrée politique. Traditionnellement en France, les vacances d’été correspondent à une mise en veilleuse des débats politiques.

Mais l’affaire Benalla a été très suivie par le public français, voire européen. Et elle a renforcé les premiers doutes sur la personnalité d’Emmanuel Macron, et sur ses méthodes d’exercice du pouvoir. La personnalité du candidat, et l’exercice plein de punch du nouveau Président ont pu dans un premier temps séduire : il est jeune, il parle bien, beaucoup, partout, il veut réformer la France, il a visiblement un plan cohérent,  il est ambitieux, il est très volontaire, voire autoritaire, et il multiplie les propositions de loi ou de décrets, « une réforme tous les matins », dont on ne verra les conséquences concrètes et négatives le plu souvent pour la population que dans quelques mois, voire plus. Mais ce style exécutif, les Français parfois, l’adorent. Si leurs conditions de vie s’améliorent…

Problème : l’arrière-fond n’est pas très bon. Malgré ses innombrables propositions, après quinze mois d’exercice, le Président Macron n’a pas réussi à modifier et à améliorer les paramètres stratégiquement essentiels à la vie des Français : la croissance, le pouvoir d’achat, et le chômage.

Croissance en berne

Le rebond enregistré de l’économie française en 2017 (+ 2,3% de progression du Produit intérieur brut, le PIB) laissait la porte ouverte à tous les espoirs, confortant Emmanuel Macron dans sa volonté de réforme, même si ce succès économique est largement dû à son prédécesseur, François Hollande. Les statistiques 2007 « dessinaient des perspectives stimulantes : activité soutenue,  décrue du chômage, réduction du déficit public » rappelle Gérard Courtois, du Monde. Mais en 2018, patatras ! L’activité économique retombe et les doutes et inquiétudes remontent.

La croissance tombe à 1,7% au 1er semestre et ne pourra guère être améliorée d’ici la fin de l’année, idem en 2019. 1,7%, c’est à peine le chiffre nécessaire pour maintenir à niveau, l’économie et le pouvoir d’achat des Français, d’autant que la population continue de croître dans l’Hexagone. La France et l’Irlande sont les deux seuls pays de l’Union européenne, à avoir une démographie nettement positive.

Autre variable sensible, le chômage. Après une embellie en 2017, les bureaux de Pôle Emploi recommencent à être gorgés de monde. Les chiffres sont impressionnants : au mois de juillet, on enregistrait 3 462 000 personnes sans aucune activité – soit 19 000 de plus en un mois – et le chômage en France atteint 5 645 000 demandeurs d’emploi, si l’on rajoute les demandeurs qui ont eu récemment une activité.  Une hausse inquiétante.

Pourtant, là aussi, l’année précédente avait donné des perspectives plus positives : selon une étude récente de l’Insee, il y a 30 millions d’actifs en France. Le pays n’avait pas connu un taux d’activité des 15-64 ans aussi haut depuis 1975. Autre facteur rassurant, en 2017 : on pouvait penser qu’avec le développement de l’auto-entrepreneuriat, de l’indépendance et des plates-formes internet, le contrat à durée indéterminée (CDI) serait passé de mode. En fait, il reste de loin le contrat d’embauche le plus répandu : presque 85% des salariés sont en CDI. On compte 10 % de gens en CDD, 3% en intérim. Toutefois, le contrat roi tend à perdre du terrain depuis une dizaine d’années. Dernier fait positif, le retour de la classe ouvrière qui, après une forte décroissance, représente environ 20% de la population active. En 2017, il y a plus d’usines ouvertes que d’usines fermées.

Mais la conjoncture redevient négative, et l’inquiétude des Français porte surtout sur leur consommation : la stagnation, voire la chute des revenus de très nombreux ménages. « Au premier semestre, la France a connu un choc négatif de pouvoir d’achat lié au calendrier fiscal de 2018 : d’un côté, une hausse de la CSG (impôt qui paye la protection sociale), et des taxes sur les hydrocarbures dès janvier. Mais de l’autre, des baisses de cotisations sociales, de la taxe d’habitation, ou des revalorisations de minima sociaux étalées sur le quinquennat », rappelle Mathieu Plane, économiste de l’OFCE, cité par Libération. Au résultat, le pouvoir d’achat des ménages a baissé de 0,6 % au 1er trimestre. Il faut revenir à 2012 pour retrouver une telle contraction. « Conséquence, la consommation a été complètement atone au 1er semestre. Et comme la consommation, c’est la moitié de notre PIB, cela a pesé sur la croissance », poursuit l’économiste.

Le gouvernement pourrait-il justifier ces mauvais résultats en arguant une crise qui touche l’ensemble des économies européennes ? Impossible. Certains pays de l’UE connaissent une vraie croissance, alors que la France affiche le plus faible taux de croissance du PIB des 27 pays de l’Union européenne.

Le style « ruisselant » de Macron

Jusqu’à présent, la logique des réformes réalisées par Emmanuel Macron était très profondément d’inspiration libérale : il faut alléger les charges et contraintes réglementaires des entreprises, et des couches les plus fortunées (suppression de l’Impôt sur les grandes fortunes, l’ISF !), pour favoriser le « ruissellement » des capitaux et donc de l’investissement. Pour l’instant, le ruisseau est resté sec. Mais ceux qui payent cher cette vision du « ruissellement », les salariés, et demain les chômeurs, les retraités (pour les réformes à venir) vont certainement être très nombreux, à manifester le 9 octobre prochain.

Dernier agacement d’un nombre croissant de Français, la désinvolture, voire la morgue de leur Président. Celui-ci maîtrise mal sa communication : lors d’un discours prononcé à l’étranger, au Danemark, Emmanuel Macron a comparé les Français, aux « Gaulois réfractaires au changement ». Plusieurs personnalités politiques n’ont pas apprécié la boutade et reprochent à Emmanuel Macron de faire preuve de « mépris ». Surtout dans un pays comme la France, où le plus grand héros populaire de BD est « Astérix, le Gaulois », qui dans son village irréductible résiste victorieusement à l’autoritaire César. L’empereur romain omnipotent décidé et cruel, refusant tout débat, toute opposition… Tiens ! Ça rappelle quelqu’un.