Quatre jours de travail, 130 ateliers et conférences, 277 intervenants dont 154 extérieurs à La France insoumise, animant conférences et groupes de travail ; 3200 participants, selon les estimations de son service de communication. 8000 sur le Net. Pas mal.

Jean-Luc Mélenchon a pu également s’exprimer,  le samedi 25 août, en fin d’après-midi devant les militants de La France Insoumise. Dans son discours, pendant près de deux heures, le président du groupe parlementaire de la France Insoumise a abordé de nombreux thèmes, parfois éloignés de l’actualité quotidienne : la nécessaire planification écologique, mais aussi la pêche électrique, plus généralement la politique de l’eau. Viennent ensuite la thématique de l’Europe, les relations avec la Commission européenne, et les élections futures. Et enfin, la perspective, en France, d’une VIe République. Mais peu de commentaires sur la rentrée politique et sociale dans l’hexagone même …

Bilan de ce rassemblement estival devant de nombreux militants ou sympathisants de la France insoumise ? Plutôt positif.  À deux titres. Participation et contentement. Participation, les chiffres de participation et la couverture médiatique parlent d’eux-mêmes. Après dix-huit mois de Macron, les fans de Mélenchon étaient contents de se retrouver et d’écouter JLM. Le tout, à Marseille, ville fort agréable l’été, notamment dans un parc. Surtout quand les militants et sympathisants, ou simples futurs électeurs sont nombreux. Le tout dans une atmosphère fort conviviale. Contentement, parce qu’aussi le contenu fut intellectuellement, et politiquement d’une qualité sérieuse et nouvelle.

Pas si facile. Rappelons en effet que France Insoumise est un très jeune « parti », qui n’avait aucun vieux fichier d’adhérents dans ses soutes, si ce n’est quelques rares élus. A priori, les gens présents, simples observateurs, curieux interrogatifs, citoyennes ou citoyens découvrant et s’interrogeant sur la politique, nouveaux ou anciens adhérents, militants, sympathisants, qui sont parfois venus d’horizons très divers, qui ne se connaissaient pas, le plus souvent. Mais parfois, ils se reconnaissent, s’étant disputés affrontés, voire détestés. Chacun étant historiquement dans des camps, dans le temps, parfois opposés. Mais tout ce monde a discuté, discuté… à Marseille.

Cohérence programmatique : la seconde surprise fut la cohérence de la présentation du programme des futurs candidats FI aux prochaines élections européennes. Jean-Luc Mélenchon, identifié comme principal représentant de l’opposition face à l’actuel responsable de l’État français, Emmanuel Macron, a clairement dénoncé (une première dans le paysage politique, depuis le départ de Jean-Pierre Chevènement), les ambiguïtés de la Constitution de l’Union européenne et les curiosités de son fonctionnement. Discours pas si facile. Surtout quand l’Allemagne, première puissance européenne domine de fait l’ensemble des mécanismes européens de façon feutrée, mais parfois de manière très autoritaire, rappelons-nous la fessée donnée à la Grèce.

Mais dans le même temps, un « Franxit », une rupture de la France de l’UE apparaît comme une rupture inenvisageable. Bref, il faut l’ouverture de négociations pour un rééquilibrage économique, social, juridique, politique et diplomatique, et une nouvelle règle du jeu entre les différents et nombreux pays adhérents à l’Union européenne. Faisons le compte, par ordre alphabétique : l’Allemagne (Purée ! Ils sont encore les premiers !), l’Autriche, la Belgique, la Bulgarie, Chypre, la Croatie, le Danemark, l’Espagne, l’Estonie, la Finlande, la France, la Grèce, la Hongrie, l’Irlande, l’Italie, la Lettonie, la Lituanie, le Luxembourg (si vous êtes riche, allez visiter, surtout les banques !), Malte, les Pays-Bas, la Pologne, le Portugal, la République Tchèque, la Roumanie ; mais plus le Royaume-Uni qui nous a quittés ; mais toujours la Slovaquie, la Slovénie et la Suède.

Si l’on souhaite que l’UE soit une véritable « Union »…

L’Union européenne (UE) est une association politico-économique « sui generis ». Aujourd’hui de vingt-sept États européens qui délèguent, ou transmettent par traité l’exercice de certaines compétences à des organes communautaires. Elle s’étend sur un territoire de 4,5 millions de kilomètres carrés, est peuplée de plus de 512 millions d’habitants (en 2016), et elle est la deuxième puissance économique mondiale en termes de PIB nominal derrière les États-Unis. « L’Union européenne est régie par le traité de Maastricht (TUE) et le traité de Rome (TFUE), dans leur version actuelle, depuis le 1er décembre 2009, et l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne.

Renégocier avec l’UE ou en sortir. Jean-Luc Mélenchon s’est vivement adressé aux représentants de l’UE : « Vous avez fait une politique libérale pendant vingt ans qui n’a rien à voir avec le projet européen. C’est à cause de vous qu’il y a de l’argent en moins dans tous les services publics ». A contrario, « nous, notre projet », est d’une « harmonisation sociale et fiscale par le haut qui n’est aujourd’hui pas compatible avec les traités actuels », a-t-il rappelé, explicitant deux scénarios possibles : « un « plan A » de renégociation de ceux-ci, et un « plan B » de sortie concertée si une révision des traités s’avère impossible ». En réalité, il n’y a qu’un seul  « Plan A ». La sortie de la France serait un effondrement possible, momentané ou durable, de l’Europe.

Mais la « menace Mélenchon », s’il arrive au pouvoir, pourrait enfin faire réfléchir, voire faire fléchir notre principal allié européen, l’Allemagne qui se comporte souvent vis-à-vis de l’Europe et de ses 26 autres pays adhérents comme si c’était des sortes de filiales. Avec un euro survalorisé (et bénéfique surtout aux exportations allemandes) et surtout, en l’absence de tout débat  en matière de politique étrangère, avec une « Commission européenne » (totalement bureaucratique et hors de tout contrôle des citoyens des 27 pays membres), tout cela pose quelques problèmes.

Faire le ménage d’abord chez soi

Le responsable de la France insoumise a également lors de sa dernière intervention, insisté sur le rééquilibrage démocratique du fonctionnement politique de la France, et du nécessaire contrôle du pouvoir législatif sur le pouvoir exécutif. « Il faut que les lois soient décidées et contrôlées par tous », a-t-il notamment déclaré, appelant à un renouveau du contrôle populaire des instances étatiques. Invitée à l’Université d’été de France insoumise, une universitaire, Sophie Wahnich, a insisté dans sa démonstration sur le pouvoir croissant et démesuré de l’exécutif au détriment du législatif et du judiciaire : « la France n’est plus une république, elle est devenue un consulat avec une sorte d’empereur, certes titré pour quelques années, mais qui veut rester le plus longtemps possible. Arguant de la gestion de problèmes quotidiens, locaux, nationaux ou internationaux, le pouvoir absolu vient tout le temps d’en haut, du sommet étatique exécutif qui semble se renforcer à chaque mandat, malgré ses nombreux échecs en matière de gestion. Mais avec une capacité de contrôle et d’intervention toujours plus affaiblie des instances parlementaires, Assemblée nationale et Sénat. Sans parler de la très fragile indépendance judiciaire. Ce système hiérarchique et autoritaire croît à chaque nouveau mandat présidentiel, et se déploie chaque année. Le pays est de plus en plus géré d’en haut, de façon autoritaire. Pourtant, la confiance populaire, celle du peuple dans le système général, démocratique, ne peut venir que du bas. La rupture constatée, si elle continue à s’accroître ne peut qu’inquiéter ».

Ceux qui sont contre moi, « qu’ils viennent me chercher » : Macron veut tellement tout le pouvoir, qu’il ne s’intéresse même plus de l’avis de sa propre majorité parlementaire, pourtant de dévoués élus macronistes.

Problème : les Municipales. L’autre question qui reste en suspens à gauche aujourd’hui, après les Élections européennes, celles des Municipales, 36000 communes en France et la constitution de leurs listes électorales : unitaires à gauche ou chacun pour soi ?

À en croire les déclarations des responsables réunis à Marseille, La France insoumise présentera, seule, ses propres listes.  Si l’on prend le seul exemple du Languedoc, des listes désunies du camp progressiste auront comme conséquence de voir le succès de la droite, voire pire, de l’extrême droite. À en croire donc, certains responsables interrogés, la France Insoumise ira seule à l’ensemble des prochaines échéances électorales, appelant, notamment dans la perspective des Municipales les autres forces politiques à éventuellement se joindre à leur mouvement/parti politique.

Mais il semble que Jean-Luc Mélenchon, responsable de ce principal parti d’opposition à l’actuelle coalition gouvernementale, ne révèle pas aujourd’hui sa position définitive en matière d’alliances éventuelles aux Municipales. Les propositions de France insoumise interviendront peut-être seulement après le résultat de ses propres listes aux élections européennes. Question de négociation.