Après un peu plus d’une année d’exercice du pouvoir, le jeune et fringant Président Emmanuel Macron veut toujours rouler aussi vite, mais la voiture présidentielle commence à glisser, voire parfois déraper.

Il dispose toujours, certes, de l’appareil gouvernemental de l’État français et également d’une large majorité à l’Assemblée nationale. Mais le mécontentement commence à monter. Cette critique sous-jacente est même portée par les médias, certains pourtant très macronistes au départ. Ceux-ci commencent à changer l’air de la chanson. « Le Monde » ainsi, plutôt très macronien lors de la campagne présidentielle, a le premier sorti, la première affaire et les déroulements d’exercices curieux  du pouvoir sur « l’affaire Benalla ». L’affaire ? Encore une fois, qu’il y ait quelques excités se sentant curieusement investis de prérogatives policières, qui font quelques bavures, c’est hélas, une constante des services d’ordre des partis majoritaires. Qu’il y ait des hommes de main dans les services d’ordre des partis, en liaison avec quelques forces policières, ce n’est hélas pas une nouveauté. Qu’ils soient aujourd’hui conseillers directs du président, il faut remonter à Charles Pasqua, au SAC et aux pires moments du gaullisme autoritaire. Mais Macron n’est pas de Gaulle. On n’est plus à l’époque de la guerre d’Algérie et de la tentative de sécession d’une partie de l’armée française : le « Putsch des généraux ».

Le plus grave est que la Présidence de la République et son principal mandant, après révélation des faits, ont pendant une semaine, imposé le silence, voire créé des obstacles à toute vérification de ces mêmes faits. Pire, une fois l’affaire sortie, le Président de la République a fait, devant toutes les chaînes de télé, grosso modo pour le moins, une réponse équivoque : « S’ils cherchent un responsable, il est devant vous. Le seul responsable, c’est moi et moi seul. Qu’ils viennent me chercher. Je réponds au peuple français. »

Seul problème, aucune instance judiciaire ne peut constitutionnellement, sous la Vème République, poursuivre juridiquement le chef d’État français. Sauf vote aux deux tiers de l’Assemblée nationale, avec soutien du Sénat. « Viens me chercher, connard ! », pourrait-on résumer dans d’autres lieux…

Certes, le style macronien réanime les rangs de l’opposition de gauche et de droite, minoritaires, mais qui en sont même à parler, voire à agir de concert. On sent même  devant une telle attitude « superbe », voire de morgue, le malaise gagner aussi les bancs des députés macroniens (La République en Marche), nouvelle majorité composée de députés venus de la gauche (ex-Ps) , du centre (plutôt sensibles aux questions démocratiques) et de la droite ralliés (leur camp pour l’instant très éclaté).

Soudain, début août, malgré le temps des vacances et dans  l’oubli des contraintes, surgit une seconde affaire, révélée par le journal Médiapart : celle d’Alexis Kholer, le Secrétaire général de l’Élysée. L’Élysée, le temple sacré présidentiel.

L’association anticorruption Anticor a déposé mercredi 8 août une plainte complémentaire pour « prise illégale d’intérêt » contre le secrétaire général de l’Élysée,  Alexis Kohler. Cette plainte intervient après de nouvelles révélations lundi 6 août par Mediapart. Selon ce site d’information, Alexis Kohler aurait approuvé, comme haut fonctionnaire, des contrats concernant l’armateur MSC, fondé et dirigé par des cousins de sa mère. MSC ? l’armateur MSC, Mediterranean Shipping Company, c’est du gros. C’est le principal constructeur de bateaux en Europe. Laissons la place à La croix, citant l’AFP : « dans la plainte complémentaire déposée mercredi, consultée par l’AFP, Anticor s’appuie sur des procès-verbaux du conseil de surveillance du « Grand Port maritime du Havre » où Alexis Kohler a également siégé, de 2010 à 2012, comme représentant de l’Agence des participations de l’État (APE) aux côtés du maire du Havre, l’actuel premier ministre Édouard Philippe. Ces comptes rendus de 2010 et 2011, publiés par Mediapart, révèlent qu’Alexis Kohler a pris la parole et voté en faveur de contrats à venir entre « Grand Port maritime du Havre » et Terminal Normandie MSC, filiale française de l’armateur italo-suisse et acteur majeur de l’extension considérable du port, alors engagée. « Aucun commentaire » officiel, commente le quotidien La Croix.

Anticor souligne notamment que, le 30 septembre 2011, Alexis Kohler vote, « contre l’avis du commissaire du gouvernement », en faveur de l’extension de la présence de Terminal Normandie MSC dans le nouveau terminal « Port 2000 ». « À défaut de preuve contraire, et notamment de la communication de sa déclaration d’intérêt, dont il conviendrait d’obtenir communication », ce lien familial « a toujours été dissimulé par Monsieur Alexis Kohler jusqu’à sa révélation par le journal Mediapart », concluent les avocats d’Anticor, Jean-Baptiste Soufron et Patrick Rizzo. Interrogé en mai par Mediapart, le numéro deux de l’Élysée avait affirmé s’être « toujours déporté » (s’être écarté des débats, NDLR) quand il a eu à connaître comme haut fonctionnaire des dossiers concernant MSC.

« L’Élysée n’a souhaité faire « aucun commentaire » compte tenu de l’enquête en cours. En juin, au lendemain de la révélation de l’enquête du parquet national financier, Emmanuel Macron avait loué la « probité exemplaire » de son secrétaire général », rapporte La Croix, avec quelque ironie. Pour aller vite. L’activité portuaire dépend très largement de l’État. La privatisation en cours pose problème. Qu’un secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler, le « Brigad’Chef » des affaires quotidiennement en cours du pouvoir présidentiel, soit cousin avec le dirigeant du principal groupe privé européen et que la privatisation soit en cours d’un, ou des principaux ports français, pose à minima, problème.

Alexis Kohler va démissionner. Dans tous les cas de figure, il faudrait qu’il le fasse. À moins que le Président refuse sa démission en arguant : « S’ils cherchent un responsable, il est devant vous. Le seul responsable, c’est moi et moi seul. Qu’ils viennent me chercher. Je réponds au peuple français. »

On est donc après seulement plus d’une année d’un quinquennat  présidentiel, dans une situation plutôt contradictoire. le Président reste charmeur, mais la croissance est en baisse : 2% étaient l’objectif gouvernemental qui permet juste de compenser la croissance démographique en France. Mais on serait plutôt à 1,8% selon l’Insee ; à 1,7%, voire 1,6% selon d’autres calculs. Par ailleurs, le réchauffement climatique a des effets plus rapides qu’on pouvait le craindre ; et enfin, l’agacement populaire en matière de pouvoir d’achat et le mécontentement des classes moyennes sont plus importants que les sphères gouvernementales ne l’avaient anticipé. Sur toutes ces questions,  nos « élites »n’ont guère de réponses.

À Raja : On essaie de régler tous les problèmes, toutes les souffrances. Parfois on veut frapper tous ces ennemis éventuels ou réels, ou au moins on essaie. Alors, on raconte les douleurs, les injustices, mais aussi ses propres manquements, ses propres faiblesses, nombreuses, et par plaisir, celles des autres.

Mais on ne tue pas la mort. Elle arrive ainsi, frappant tes proches. Raja Nasrallah, Libanais d’origine chrétienne maronite, mais athée, comme moi. Qui a partagé beaucoup de ces espérances.  Un vieil ami est mort jeudi.

Raja, auteur de Notes noires édité en mai 2002 (https://www.amazon.fr/Notes-noires-Raja-Nasrallah)