Cette semaine a vu et verra en cours deux grandes manifestations. La première, le 22 mai, réunissait dans 130 villes, les fonctionnaires et  agents de la fonction publique. Le bilan de cette initiative reste cependant en demi-teinte. La seconde, réunissant, pour la première fois depuis longtemps, syndicats, associations et partis politiques, se déroulera dans toute la France, le 26 mai. A suivre.

Le 22 mai, en positif pour les manifestants, l’initiative dans la fonction publique était appuyée, pour la première fois depuis huit ans par l’ensemble des fédérations syndicales. Celles-ci ont notamment manifesté à Paris, côte à côte, avec une présence unie en tête du cortège. « Qu’il y ait unité, je m’en félicite toujours », assure Philippe Martinez, le secrétaire général de la CGT. « Qu’enfin cesse la logique purement budgétaire qui consiste à dire que les agents publics seraient seulement des coûts, alors qu’ils seraient des richesses » , demande quant à lui Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT.

Une « privatisation » de la fonction publique

Mais, quant à la participation, elle est restée cependant très mesurée : malgré la présence de nombreux corps de métiers, ils n’étaient le 22 mai qu’environ 16 400 à manifester dans la capitale. Rappelons qu’il y a France, 5,7 millions de fonctionnaires, dont 970 000 salariés contractuels qui disposent de beaucoup moins de protections sociales que leurs collègues fonctionnaires. Et c’est justement cette catégorie que le gouvernement souhaite renforcer en limitant progressivement le recrutement de fonctionnaires. Une « privatisation » de la fonction publique et plus généralement du secteur public, qui regroupe, la fonction publique d’état, les personnels des hôpitaux, des communes et collectivités territoriales, mais également des personnels de nombreuses entreprises publiques, voire privées : Orange (ex France-Télecom) compte toujours une majorité de fonctionnaires dans ses rangs…

À la SNCF, l’autre grand terrain social, les syndicats dans une forte unité, ont refusé unanimement, le projet gouvernemental d’une sorte de privatisation accélérée de cette société nationale. Pour faire face à cette réforme très libérale d’inspiration, les syndicats ont choisi un mode original de grève dite « par alternance », trois jours d’activité, suivis par deux jours de grève. Cette semaine, la grève a ainsi commencé mercredi, et s’achèvera vendredi matin. Après quatorze épisodes de cette « grève perlée », les organisations syndicales ont prévu une mobilisation qui pourrait durer jusqu’à la fin juin. Et même pendant les congés d’été, menacent déjà des syndicats comme Force Ouvrière ou Sud-Solidaires.

Référendum : 94,97 % des cheminots opposés à la réforme

La direction de la SNCF avait joué la carte d’une démobilisation rapide des cheminots. Guillaume Pépy, son PDG avait également parié sur une colère montante des usagers. En île de France, la grève cumulée des trains, des RER (et parfois de certaines lignes de métro desservant la banlieue), rend souvent très difficile aux Franciliens de rejoindre à l’heure leur lieu de  travail. Un sondage commandé cette semaine par la SNCF, indique que 75% des Français trouvent « justifiée » la réforme du système ferroviaire mis en œuvre par le gouvernement. Un autre sondage, plus modéré indique que 42% des Français soutenaient le mouvement. Face à cette « montée » des critiques chez les usagers, et surtout face à une direction qui refuse toute négociation sur le fond, pour y préférer des « concertations » menées séparément avec chaque syndicat, mais toujours sans aucun résultat, l’ensemble des organisations syndicales de la SNCF ont organisé pendant plus d’une semaine, une consultation générale des cheminots. Au 21e jour de grève, mercredi, les syndicats de la compagnie ont dévoilé les résultats de leur référendum nommé « Vot’action » : le résultat est sans appel : « 61,15% des 150 000 cheminots que compte la SNCF ont participé au vote et 94,97 % d’entre eux ont voté contre la réforme », a indiqué Laurent Brun, secrétaire général de la CGT Cheminots, lors d’une conférence de presse.

Macron accumule autoritairement les réformes, souvent impopulaires

Il semble qu’il existe un désaccord de plus en plus profond sur le terrain social entre les salariés français et le gouvernement. Emmanuel Macron, élu président avec une majorité parlementaire très confortable et face à des oppositions de droite et de gauche fort divisées, avait parié sur un vaste mouvement de réformes, rapides et très libérales dans leur inspiration : réforme à rythme soutenu du statut de la fonction publique et des politiques d’aides au logement à l’automne dernier, réforme de la SNCF en cours, annonce d’une grande réforme des retraites en fin d’année ou début 2019 (alors que les retraités ont déjà manifesté leur colère après quelques ordonnances modifiant leur fiscalité), le  mercredi 23 mai, le gouvernement a examiné en conseil des ministres, les deux derniers volets de la grande « réforme des institutions » promise par Emmanuel Macron.

Alors que l’opposition de gauche et de droite dénoncent déjà une « régression des droits du Parlement ». « Un crash-test législatif » note le site Huffington Post. Le projet de loi constitutionnel (essentiellement consacré à l’indépendance de la justice et aux pouvoirs du Parlement, sujet très sensible) a déjà été présenté le 9 mai en conseil des ministres. Cette semaine, deux autres lois (une organique et une ordinaire) vont préciser les mesures les plus emblématiques, comme la réduction du nombre de parlementaires, la limitation des mandats dans le temps et l’introduction d’une dose de proportionnelle aux législatives.

Macron : une méthode « à la cosaque »

Emmanuel Macron multiplie les bras de fer avec les syndicats, dont il a une piètre opinion, et avec les oppositions politiques qu’il sait durablement divisées. Sa méthode « à la cosaque » suscite même des grommèlements et des critiques discrètes aujourd’hui dans sa propre majorité parlementaire :  « La France en marche rapide, d’accord, mais évitons les dérapages sociaux et politiques » murmurent quelques-uns, voire un certain nombre d’élus macronistes.

Le 26 mai, on va en effet assister une convergence dans la vie politique française. Jean-Luc Mélenchon et François Ruffin avaient lancé l’idée d’une vaste manifestation nationale pour ce 26 mai. Attac et la Fondation Copernic ont pris l’initiative de réunir de nombreuses organisations syndicales, associatives et politiques pour des manifestations dénommées : « Marée Populaire », appelées collectivement par toutes les formations de gauche à part le PS. Mais y seront également présents, le syndicat  Sud-Solidaires, l’UNEF (les étudiants), le Snesup-FSU (enseignement supérieur), le Syndicat de la magistrature et de nombreuses associations.

Évènement spectaculaire : la CGT qui fait toujours référence à la « Charte d’Amiens » de 1906 qui prône l’indépendance des syndicats face aux partis, a décidé, fait très rare, car ce n’est pas dans sa culture, de participer à cette manifestation, pourtant directement « politique ».