Entretien avec la plus célèbre patronne de bodéga, Jany

La féria de Pentecôte (l’une des deux qui se déroulent à Nîmes, l’autre est celle des vendanges) s’est ouverte le jeudi 17 mai. La corrida est évidemment au centre de cette très grande manifestation taurine, festive et culturelle.

Cette année, les Nîmois ont déjà eu droit à une course camarguaise qui est partie jeudi à 18h : vendredi, dans les Arènes, une première corrida à 18h. Samedi, dimanche et lundi les afficionados  et les nombreux touristes pourront voir deux corridas, chaque jour : l’une est à 11h 30, l’autre à 18h (dont une corrida équestre le lundi matin). Mais les places sont coûteuses…

La féria, c’est aussi une immense fête populaire qui se déroule sur les places et dans les rues de Nîmes. Jeudi, on a vu la célèbre « pégoulade », un défilé de chars qui a parcouru les principaux boulevards de Nîmes, avec cette année « Ils sont fous, ces Romains », un clin d’œil à l’ouverture très prochaine du « Musée de la Romanité ». Mais la joie nîmoise  s’exprime aussi tous les soirs dans ces institutions que sont les bodégas. Des lieux ponctuellement ouverts lors de férias, par des commerçants ou de simples particuliers, où l’on peut picorer, boire et faire la fête, parfois toute la nuit. Vingt-trois bodégas ont ainsi reçu leur aval officiel de la mairie, mais il y en a beaucoup plus…

Jany est la plus célèbre patronne des bodégas nîmoises. La sienne se trouve dans l’écusson, au 19, rue de l’Étoile, ouverte pour la 1re fois en 1987 !  C’est toujours la foule à l’intérieur, d’autant que le pari de cette bodéga est aussi culturel : chaque année, Jany, qui elle-même chante, invite musiciens, peintres, photographes, et autres artistes. Entretien.

Pierre Morville : Vous avez ouvert jeudi, votre bodéga « Chez Jany », située en plein cœur de Nîmes. Comment appréciez-vous le climat de cette féria de la Pentecôte ?

Jany : Heureusement, nous n’avons pas eu ces premiers jours de feria, ni d’orages et pas de pluies. L’atmosphère est comme toujours, très joyeuse dans les rues de Nîmes. Et les Nîmois sont là, toujours vibrionnant. Mais cette féria, hélas aussi, s’annonce encore avec une baisse de fréquentation, cette année, plus encore que les deux précédentes : la crainte des attentats, les prix exorbitants des corridas, le pouvoir d’achat en berne, le manque de considération des quartiers périphériques qui sont les éternels oubliés de la fête, qui devrait être populaire… Tout ceci nuit à l’affluence espérée.

PM : La presse fait en effet écho à une participation plus faible que d’habitude aux premières corridas. C’est pourtant la pièce maîtresse de la Feria nîmoise, qui reste encore la fête la plus populaire de France…

Jany : Encore une fois de plus, avec des places trop chères, on écarte le public populaire. Et sans doute, pour les experts, les cartels de taureaux qui sont présentés ne satisfont peut-être pas les « toromaches », ceux de l’aficion et les autres. Mais on verra d’ici lundi. Tout peut toujours s’arranger.

PM : À chaque féria, votre bodéga accueille toujours des artistes. Quel est celui que vous avez invité pour cette Pentecôte ?

Jany : Jean Yves Benzi ! Un peintre et un homme aux multiples talents, que je connais depuis déjà 50 ans. Après la défection d’un peintre connu (8 jours seulement avant la féria !), j’ai fait appel à cet ami, et n’ai eu que l’embarras du choix tant ses œuvres magistrales, sont variées et abordent différents thèmes.  Il était déjà présent dans notre bodéga l’an dernier lors  la Pentecôte 2017. Mais qui pourrait deviner qu’il a été le tout premier en 1987 à exposer chez moi, en même temps que Christian Astor, du temps où j’avais loué le garage de la Maison des Avocats des Pauvres qui jouxtait ma bodéga !

PM : Vous avez publié un ouvrage de souvenirs et de commentaires souvent très drôles ou émouvants, titré « Merci pour… tous ces moments »* qui narre trois décennies de férias nîmoises, notamment vues à travers votre bodéga. Quel en a été pour vous le meilleur moment ?

Jany : Je ne saurais choisir de meilleurs moments, tels que tous ceux que j’ai vécus dans ces rencontres, culturelles, politiques, amicales, affectueuses au cours de ces 3 décennies ! Mais je me souviens, quand même de l’épisode du pire : en mars 2008, quand les « Autorités » ont voulu interdire « la Bodega de Jany ». Au motif ? Je n’en sais encore rien. Beaucoup de gens et de représentants des partis politiques, toutes tendances réunies, m’ont apporté leur soutien. Après de nombreuses interrogations, nous avons appris que c’était Mr Yvan Lachaud, président de l’agglomération qui avait sollicité la mairie, sans succès, pour notre interdiction dans notre féria. Perdu, et perdu pour longtemps, je l’espère, cher Président de l’agglomération ! Nous continuerons à exister.

(*Chronique savoureuse qu’on trouve dans les principales librairies nîmoises)