Donald Trump a promis le mardi 8 mai, date anniversaire de la fin de la seconde guerre mondiale en Europe, « le plus haut niveau de sanctions économiques » contre Téhéran.

« J’annonce aujourd’hui que les États-Unis vont se retirer de l’accord nucléaire iranien » a-t-il déclaré dans une allocution télévisée en direct depuis la Maison-Blanche, jugeant cet accord « désastreux ».

Le plus spectaculaire dans cette décision est que son propre pays, les États-Unis, se retire d’un accord international, dont les termes ont largement été inspirés par Barack Obama, le prédécesseur de Trump ; et signé par les cinq pays du Conseil de Sécurité (les USA, la Russie, la Chine, le Royaume-Uni, la France) auquel se sont ajoutés comme pays signataires, l’Allemagne, et bien sûr l’Iran.

Une de ses principales promesses électorales

Ce week-end, l’hebdomadaire britannique The Observer affirmait d’ailleurs que l’administration Trump s’était offert les services d’une « agence privée de renseignement israélien » pour « remuer la boue » afin de salir les conseillers de Barack Obama ayant joué un rôle clé dans la signature de l’accord. Une manière de faciliter la tâche de Donald Trump, « qui a passé les deux dernières années à qualifier l’un des accomplissements diplomatiques de son prédécesseur, de pire deal de tous les temps » comme le rappelle Libération.

Donald Trump avait fait de ce retrait, l’une de ses principales promesses électorales et après avoir vainement demandé aux autres signataires une réécriture profonde du traité, il a décidé de retirer la signature de son pays.

Le président américain avait déjà claqué en janvier dernier, la porte du projet de libre-échange entre les pays riverains du Pacifique, et les États-Unis sont sortis le 1er juin dernier, de l’accord international, le traité de Paris, sur le réchauffement climatique.

« Aujourd’hui, nous avons la preuve définitive que la promesse iranienne était un mensonge » a affirmé Donald Trump, semblant reprendre à son compte les « documents » révélés la semaine dernière par Benyamin Netanyaou. 500  kilos de « documents » dont la presse internationale a le plus souvent, ou contesté l’authenticité ou souligné qu’il s’agissait en réalité de « documents » publics, connus de tous, depuis longtemps

« Dans quelques instants, je vais signer un ordre présidentiel pour commencer à rétablir les sanctions américaines (…) nous allons instituer le plus haut niveau de sanctions économiques » a affirmé le président américain.

Cette décision américaine « suprématiste » prend à contre-pied les autres pays signataires de l’accord, d’autant que Trump n’a pas hésité à menacer de graves sanctions économiques et diplomatiques : « tout pays qui aidera l’Iran dans sa quête d’armes nucléaires ». Un accord commercial entre une entreprise agro-chimique allemande et son homologue iranien sera-t-il jugé comme une aide au programme nucléaire iranien ? Seule l’administration Trump en jugera. Le rétablissement des sanctions américaines est effectif immédiatement pour les nouveaux contrats, a précisé John Bolton, le directeur du Conseil américain, de sécurité nationale, indiquant que les entreprises étrangères auront quelques mois pour « sortir » d’Iran. Le nouvel ambassadeur américain en Allemagne a estimé sur Twitter que les entreprises allemandes devraient « immédiatement cesser leurs activités en Iran », rapporte le Huffington Post.

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a appelé mardi les six autres signataires de l’accord « à respecter pleinement leurs engagements« . La chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini a fait de même. Mais est-ce réalisable ? Le président iranien Hassan Rohani a indiqué pour sa part qu’il souhaitait discuter avec Européens, Russes et Chinois.

Tensions entre les USA et ses alliés européens. Et le reste du monde

Emmanuel Macron avait été reçu trois jours avec faste à Washington. Angela Merkel avait-elle rencontré le président américain quelques jours plus tard. Mais elle n’avait été reçue que trois heures. Les deux chefs d’État avaient plaidé auprès de Trump pour qu’il adopte une position plus diplomatique. Peine perdue.

Le 8 mai un communiqué de l’Élysée indiquait que « la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni regrettent la décision américaine » et précise que les trois pays signataires travailleront collectivement à un cadre plus large, couvrant l’activité nucléaire (« le régime international de lutte contre la prolifération nucléaire est en jeu » précise le communiqué), mais aussi la période après 2025, les missiles balistiques , et surtout « la stabilité au Moyen-Orient, en particulier en Syrie, au Yémen et en Irak ».

Israël et l’Arabie saoudite, très opposés à  Téhéran, ont néanmoins été les deux seuls pays alliés des États-Unis à soutenir publiquement la décision de Donald Trump. Le dimanche 6 mai, Benjamin Netanyahou a même affiché ses ambitions guerrières : il s’est dit « déterminé à arrêter l’agression de l’Iran, tant qu’elle en est à ses premiers stades, même si cela implique un conflit ». Et d’ajouter « Mieux maintenant que plus tard ».

La décision de Donald Trump ouvre une période de tensions internationales intenses. Les motivations de Donald Trump restent encore vagues. Il y a certes, le respect de  ses promesses de campagnes, souvent très extrêmes. Il y a certainement aussi la volonté d’affirmer une toute-puissance américaine face au reste de la planète. Une ambition mal vécue par ses plus proches alliés : les pays européens. Et encore plus mal vécue par la Chine et la Russie. Ce dernier pays est « profondément déçu »  par la décision du président américain de « sortir unilatéralement » de l’accord », a indiqué le ministère russe des Affaires étrangères, « Nous sommes extrêmement inquiets que les États-Unis agissent contre l’avis de la plupart des États (…) en violant grossièrement les normes du droit international ».

Quant au premier intéressé, l’Iran : « Les États-Unis ont toujours montré qu’ils ne respectaient jamais leurs engagements, a immédiatement déclaré le président Hassan Rohani, accusant Donald Trump de mener « une guerre psychologique », cité par le Figaro. La République islamique, a-t-il ajouté, pourrait mettre un terme aux restrictions qu’elle a consenties sur ses activités d’enrichissement d’uranium :« j’ai ordonné à l’Organisation (Iranienne) de l’énergie atomique de prendre les mesures nécessaires (…) pour qu’en cas de besoin, nous reprenions l’enrichissement industriel sans limites » a précisé Hassan Rohani qui doit, de surcroit, affronter sa propre opposition, les conservateurs et les Gardiens de la révolution qui ont toujours été opposés à cet accord sur le nucléaire. Bref ! Ça ne rigole pas.

Après avoir violemment claqué la porte, Donald Trump, en pure figure de style, a bien laissé la possibilité d’un tout petit entrebâillement avec l’éventualité à terme d’une possible ouverture de négociations d’un accord général portant sur le Moyen-Orient… Mais pour l’instant, personne n’y croit et surtout pas Donald Trump.