Après le 1er mai, dans un contexte de mobilisations et de revendications syndicales, Gilles Besson, secrétaire général de l’Union départementale de Force Ouvrière  du Gard a bien voulu répondre à nos questions :

Pierre Morville : Nîmes a été l’une des rares villes où un grand nombre d’organisations syndicales ont décidé de manifester ensemble. Comment expliquez-vous cette nouvelle unité ?

Gilles Besson : Il y a eu six manifestations unitaires dans le Gard, à Ales, Bagnols-sur-Cèze, Le Martinet, Le Vigan et Nîmes. Et le besoin s’est manifesté ailleurs : dans bon nombre de départements, on a assisté à des cortèges unitaires, même si tous les syndicats n’étaient pas nécessairement présents. Mais le principe reste simple : nous ne gagnerons que tous ensemble. Le 1er mai, journée traditionnelle des travailleurs, a été l’occasion cette année de mobiliser tous ceux qui sont en butte aux attaques diverses de la finance et du gouvernement Macron-Philippe : les cheminots, les employés des Ephad, les salariés de Carrefour, les personnels d’Air France, les travailleurs de l’énergie, les agents des trois fonctions publiques, – fonctionnaires d’État, personnels hospitaliers, fonction publique territoriale -, les lycéens, les étudiants… 

PM : Comment analysez-vous la rigidité du gouvernement sur les conflits ou revendications en cours, notamment pour ce qui concerne les fonctions publiques et la grève des cheminots ?

GB : Pascal Pavageau, le nouveau secrétaire général de Force ouvrière l’a parfaitement résumé dans une interview récente sur RTL. Le nouveau responsable de FO a pointé lors de son intervention le 29 avril dernier, un gouvernement totalement sourd aux revendications, et même, dans un processus imposé de « concertation » et non de négociation, sourd aux propositions des organisations syndicales.

Pour Pascal Pavageau, il est urgent de changer de méthode et de laisser le temps à la négociation :  « si vous voulez que les choses se tassent, vous gelez la réforme et vous reprenez le temps et le dialogue ». Demande-t-il un moratoire ? « Oui » a réaffirmé Pascal Pavageau. Quant à la flexi-sécurité : « la flexibilité, en termes de promesse de campagne, on l’a bien vue; la sécurité, on l’attend toujours », a rappelé Pascal Pavageau. Il faut  que le gouvernement gèle les dossiers les plus contestables et qu’il ouvre vraiment des négociations avec les partenaires sociaux.

Le président Emmanuel Macron devrait être vigilant sur ces questions. Après une élection présidentielle où l’abstention est la grande gagnante, son parti est certes majoritaire à l’Assemblée nationale. Mais après une grande vague de réformes imposées sans débat, qui ont soulevé beaucoup d’inquiétudes et de protestations, reste-t-il majoritaire dans l’opinion publique, notamment chez les salariés ? On peut fortement en douter. 

PM : Comment justement, ressentez-vous les réactions actuelles des salariés ?

GB : Du désarroi, de l’énervement et de la colère. Et cette colère augmente : je le constate de façon nette dans notre département ; les sections de Force ouvrière qui progressent sont celles qui combattent. Et cela vaut probablement pour les autres syndicats. La CFDT et l’Unsa sont avec nous parce que leurs bases veulent se battre. Leurs adhérents doivent pousser les délégués. Et c’est bien.

PM : Lors de votre discours à la fin de la manifestation du 1er mai à Nîmes, vous n’aviez pas écarté l’idée que la grève des cheminots pourrait durer après la fin-juin et vous appeliez également à la perspective d’une grève générale inter-confédérale…

GB : Pour les cheminots, nous n’en sommes pas là puisqu’il semble que le gouvernement semble vouloir reprendre un tout petit peu le processus de négociations  à la SNCF. Mais le 1er mai, les unions départementales CGT, FO, Solidaires et FSU du Gard ont clairement appelé à l’unité d’action. Appeler aussi à la convergence des luttes : c’est le moment de poser toutes nos revendications, dans l’unité syndicale. Et peut-être par le biais d’une grève interprofessionnelle que j’ai appelée « interconfédérale » le 1er mai.

PM : Comment jugez-vous l’initiative émanant plutôt de partis ou formations politiques, de la manifestation nationale du 5 mai à Paris, dite « la Fête à Macron » ?

GB : À FO, il n’est pas possible pour nous de prendre parti pour les uns ou pour les autres, nous restons dans le domaine de compétences défini par nos statuts: c’est-à-dire les revendications des salariés. Je ne jugerai donc pas cette initiative. Ceci étant précisé,  je peux quand même dire que toutes organisations politiques peuvent et doivent s’exprimer sur ce qu’elles jugent néfaste pour les citoyens.

Parfois, des syndicats et des partis politiques ont des analyses proches sur des sujets et éloignées sur d’autres. C’est comme cela !…

Après, s’il y a des manifestations et des grèves en nombre suffisant, et je le souhaite, le gouvernement finira bien par être dans l’obligation d’écouter les représentants des salariés ainsi que les citoyens qu’il est censé protéger.