Toute la presse française fourmille d’articles sur le cinquantenaire de « Mai 68 ». Plus qu’ennuyeux. 50 ans ! Purée ! Il y a dans tout cela à la fois un regard nostalgique sur le passé et un regard un peu effrayé sur l’avenir. Quant au présent, il n’y a guère de réjouissances à percevoir.

Fin avril 1968, j’avais 13 ans. Comme toute ma famille, j’étais « gaulliste de gauche ». Gaulliste par mon père militaire qui s’était en Algérie, opposé physiquement au putsch des « généraux félons ». Ces derniers, alliés avec l’OAS, avaient de façon quasi fasciste, voulu interdire le processus d’indépendance de l’Algérie, négociée avec la France, dirigée par « le Général » ; de « gauche » parce qu’une grande partie de ma famille, du nord de la France, était socialiste depuis des générations. Mais « socialiste » ne voulait pas dire grand-chose. Bref, « le Général » était le dirigeant respectable et respecté par le jeune lycéen que j’étais. Fin avril 1968.

Début mai, le mouvement de Mai 68 commence. La grève des facultés et des lycées débute. Au début, je ne comprenais pas, et même, je trouvais ça ridicule et incompréhensible. Quelques jours. Mais, en même temps, je discute. Et là, je me radicalise à vitesse grand V. Malgré mon très jeune âge, je suis nommé délégué parmi les délégués du lycée. À qui s’adressent-ils, quelles revendications portaient-ils ? Cinquante ans après, on ne s’en rappelle plus. Mais combien d’heures de discussions passionnées, combien d’amitiés nouées, combien de mots et de pensées qu’on n’aurait jamais pu être dit avant ? C’est ce sentiment de liberté de la parole, de fraternité avec ses tous proches, et d’égalité. Eh oui, égalité, car c’est à ces moments que ces lycéens, ces étudiants découvraient la situation ouvrière, en découvrant les souffrances révélées par les innombrables grèves qui ont explosé à cette époque. En juin 1968, à l’âge enfin de 14 ans, j’intègre une organisation d’extrême gauche, la « Jeunesse communiste révolutionnaire » (JCR). À l’automne 68, j’étais avec un camarade de mon lycée (devenu un grand anthropologue), les deux plus jeunes adhérents, lors du congrès de fondation de la Ligue Communiste révolutionnaire (LCR).

Le temps est passé, l’extrême gauche aussi, et le monde a changé, parfois en mieux. Parfois en pire.

Actu

Revenons au réel. L’actu de la semaine a été  l’inénarrable déclaration de Benyamin Netanyahou. Inénarrable ? Mais il faut quand même vous la raconter. Lundi 30 avril, le micro en main, le Premier ministre israélien a, devant les télés, montré des photos satellites de Téhéran : 55 000 pages de documents et 183 CD que ses services de renseignement auraient obtenus. Ce sont des archives iraniennes, stockées secrètement dans un entrepôt à Téhéran. Selon lui, elle révèle le plan «  Amad », projet actif entre 1999 et 2003 destiné à fournir à l’Iran l’arme nucléaire. Ces recherches auraient pu se poursuivre, sous d’autres couvertures, après 2003. L’Iran ment ! Mais la mise en scène théâtrale du Premier ministre israélien cache mal que ces informations ne sont pas nouvelles. En 2011, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) avait fait mention d’un tel programme dans un rapport. La communauté internationale connaissait donc ces faits avant la conclusion de l’accord de 2015.

De son côté, l’Iran a moqué les « pseudo-révélations » du Premier ministre israélien par la voix de son ministre des affaires étrangères, Javad Zarif. Mais le gouvernement israélien maintient ses accusations. Durant le show de Netanyahou, un bandeau énorme barrait l’écran : « l’Iran ment » : « Voilà les cent mille documents. La preuve en 500 kilos. Abracadabra ! » déplore Vincent Hervouet, sur Europe 1.

Au lendemain des accusations israéliennes, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) chargée de vérifier la réalité des engagements iraniens dans le cadre de l’accord international signé sur l’arrêt du nucléaire dans ce pays, a réitéré, mardi, n’avoir « aucune indication crédible d’activités en Iran liées au développement d’un engin nucléaire après 2009 ». Le Premier ministre israélien n’a donc pas apporté de preuves claires d’une violation par l’Iran de l’accord signé en 2015. Mais à onze jours, mardi, de la décision des États-Unis d’un éventuel retrait de cet accord, Netanyaou a semblé surtout  s’adresser au président américain, Donald Trump. Ce dernier est peut-être, voire certainement, le commanditaire de telles « révélations ». C’est en effet le 12 mai que Donald Trump va officialiser le déchirement du traité avec l’Iran que son prédécesseur avait signé, avec cinq autres pays : la France, la Grande-Bretagne, la Chine, la Russie (tous états membres du Conseil de Sécurité de l’ONU), et l’Allemagne. Tous ces pays signataires trouvent toujours très positif cet accord signé avec l’Iran : que ce pays renonce à l’arme atomique. Du coup, il fallait à notre ami Trump (après avoir épousseté l’épaule du jeune Macron), un petit peu de propagande pour justifier le 12 mai sa rupture « historique ». C’est pour cela que son ami Netanyahou s’est empressé de lui apporter quelques vieilles fausses preuves trouvées dans un tiroir. Tiens ! Au fait, Israël est-il un Etat qui possède l’arme nucléaire ? 

Boniface

L’IRIS,  « L’Institut de relations internationales et stratégiques » est certainement l’un des meilleurs observateurs de la géopolitique internationale, le plus objectif qui soit. Pascal Boniface, son directeur, un intellectuel hors pair, répondant à l’invitation du consul général de France à Jérusalem pour prononcer une série de conférences, a débarqué fin avril à l’aéroport Ben-Gourion de Tel-Aviv. Dès son arrivée, il a été violemment agressé. Il explique: « J’ai été pris à partie par une demi-douzaine d’individus franco-israéliens apparemment – ils parlaient très bien notre langue – qui m’ont insulté de façon très vive ». Et de poursuivre: « Ils ont mis en avant mes liens avec les Arabes. Il y avait beaucoup de racisme anti-arabe dans leurs propos, dans leurs insultes », poursuit-il. Avant d’ajouter: « Ils m’ont bousculé, ils m’ont craché dessus, ils ont voulu m’entraîner en dehors de l’aéroport pour me crever les yeux, selon leurs propos. Ils ne l’ont pas fait parce que j’ai un peu résisté et au bout de quelques minutes, la police est intervenue pour me mettre à l’abri ». Mais surtout, Pascal Boniface affirme que ces forces de police, pourtant omniprésente sur cet aéroport international « ont mis du temps à intervenir et surtout n’ont pas interpellés ces agresseurs, mais au moins la police a évité que ça ne dégénère plus que cela ». Et Pascal Boniface a précisé son intention de porter plainte. (Source Reuters)