Philippe Meirieu, célèbre spécialiste en Sciences de l’éducation et de la pédagogie était l’invité de la conférence-débat organisée par Hervé Bokobza (psychiatre) et Denis Brouillet (professeur de psychologie) et qui s’est tenue hier soir à La Carmagnole, nouvelle maison de toutes les actions indociles, les inventions rebelles, les arts et les sciences, 10 rue Haguenot, quartier Figuerolles. Malgré l’empêchement regretté du conférencier pour des raisons de santé, cette conférence a accueilli plus de 100 personnes (selon les chiffres de la préfecture) attentives et passionnées.

Un tout nouveau Conseil Scientifique de l’Éducation Nationale vient d’être installé par le ministre Jean-Michel Blanquer.

Les neurosciences étudient le système nerveux et le fonctionnement du cerveau. Il n’était pas question de faire le procès des neurosciences. La connaissance du cerveau est une avancée scientifique valable en soi.  Mais ces neurosciences sont très en vogue et investissent plusieurs champs des activités humaines, notamment celui de l’éducation. Et il s’agissait bien hier soir à la Carmagnole de débattre de son utilisation politique dans l’école de la République. En effet, un tout nouveau Conseil Scientifique de l’Éducation Nationale vient d’être installé par le ministre Jean-Michel Blanquer. Sous la présidence de M. Stanislas Dehaene, Professeur au Collège de France à la Chaire de Psychologie cognitive expérimentale, ce conseil comprend vingt membres enseignants, chercheurs, directeur(trice)s de recherche dont la grande majorité relève des sciences cognitives, de psychologie du développement comportemental, de la psychologie expérimentale, des mathématiques et des sciences pédagogiques. L’homogénéité, pour ne pas dire l’hégémonie des sciences cognitives dans ce conseil met en doute la liberté des débats et confirme la tendance des choix politiques du gouvernement Macron vers l’utilisation des neurosciences dans l’éducation et les mécanismes d’apprentissage et de sélection.

« Un élève est un sujet et un sujet n’est pas réductible à son cerveau » Philippe Meirieu

Éliminer toutes les dimensions psychologiques, sociales et biologiques

Réduire l’évaluation des réussites ou des échecs scolaires de nos enfants à la mesure mécanique de leur activité cérébrale, c’est prendre le risque de naturaliser les comportements et les capacités des individus et de les réduire à une formule biologique (qui, lorsqu’elle n’est pas « satisfaisante », peut être accompagnée d’une prescription médicamenteuse, chère aux industries pharmaceutiques). C’est faire l’impasse sur la complexité de la transmission des savoirs et extraire la compréhension des mécanismes d’éducation scolaire du contexte social. Les neurosciences s’appuient sur un savoir technique pour éliminer toutes les dimensions psychologiques, sociales et biologiques qui se combinent dans l’apprentissage ; pour extraire le rapport au savoir des rapports sociaux, pour sélectionner sur des bases automatiques, pour trier le bon grain de l’ivraie. Beaucoup de travaux ont été oubliés, notamment ceux de Pierre Bourdieu sur les origines sociales et culturelles des inégalités devant l’école. Au lieu de quoi, on est en train de détruire l’école, on ferme des classes, on laisse de côté les défavorisés et les enfants en difficulté ou handicapés, comme on casse tous les services publics, parce qu’une injonction européenne en a décidé ainsi.

Ce n’est peut-être pas un hasard que le gouvernement tente d’imposer au même moment la réforme Vidal qui, elle aussi, dans une démarche balistique, veut justifier la ségrégation sociale à l’entrée de l’Université. Le Parcours Sup’ contre lequel les facultés de Montpellier résistent avec bravoure !