Bar’à Lire, Sète le soir autour d’une grande table présidée par deux jeunes femmes énergiques . Elles s’appellent Laura Andreoletti et Cécile de Los Arcos. Elles ont fondé l’association Ôphoenix. Elles s’engagent pour la cause animale. « Ils souffrent trop souvent dans le silence et l’indifférence« , elles prennent leur défense.

Leur aspiration ? Changer la société. Leur programme ? Réveiller la sensibilité humaine, élargir l’empathie aux animaux et à tous les êtres vivants, respecter toutes les formes de vie.

Laura Andreoletti et Cécile de Los Arcos
Laura Andreoletti et Cécile de Los Arcos

Elles se sentent pleinement responsables de la condition animale et souhaitent le communiquer aux personnes présentes. Une question ouvre le débat : « Est-ce que l’exploitation animale est éthique ? » À travers celle-ci chacun est amené à parler de son expérience.

Des militants engagés dans plusieurs associations contre la maltraitance, et la souffrance animales commencent à exprimer désaccord et indignation face à des situations telles que l’élevage intensif. « Vaches, poissons, volailles emprisonnés et forcés à produire toujours plus d’alimentation surconsommée ou jetée« . La parole fuse dans de multiples directions tant les cas sont nombreux et anodins aux yeux des consommateurs passifs et indifférents, par habitude. Mises bout à bout les prises de parole des participants dressent une longue liste, non exhaustive, d’exemples d’exploitation et de maltraitance animales : « la corrida, les animaux du cirque, les bébés tués pour produire lait et fromage (veaux, agneaux, chevreaux), les animaux élevés et tués précocement pour être mangés, les animaux dépecés vivants pour récupérer leurs peaux, poils et plumes, les tests cosmétiques sur les lapins, les animaux de compagnie battus ou abandonnés, les manipulations génétiques pour augmenter la productivité… etc.« 

Spécisme : discrimination basée sur l’espèce.

Il y a cette question relative à l’Égalité : pourquoi l’Homme serait-il supérieur aux animaux ? Un mot le « spécisme » désigne cette forme de pensée apparentée au racisme.
« Pour être heureux, il faut bannir les relations : dominant dominé . L’animal doit être considéré comme l’égal de l’homme. »

Un argument relatif à la nature biologique de l’Homme est également avancé : l’Homme n’est pas par essence un carnivore. Proche des grands singes frugivores, « son régime alimentaire ne devrait pas dépasser plus de 5 % de protéines animales ». Nous avons besoin de protéines et notamment d’acides aminés essentiels que notre organisme ne fabrique pas, mais en quantité bien moindre que ce que nous consommons habituellement.

Au quotidien pourquoi mange-t-on une viande plutôt qu’une autre ? Pourquoi manger du poisson plutôt que du bœuf ? Pourquoi ne pas manger de chien et manger du poulet ? Les raisons invoquées sont souvent d’une logique très discutable. Face à notre assiette contenant de la viande, pensons-nous un seul instant qu’elle provient d’un animal qui a été tué ? Et souvent tué de façon plus cruelle ou violente que nécessaire ? Imaginer la fin de vie des animaux d’élevage dans les abattoirs, nous couperait très certainement l’appétit.

L’oeuf qui ne tue pas la poule

Les échanges sont intenses. Le constat est terrible. Alors, comment traiter autrement ces animaux que l’on exploite, maltraite et assassine tous les jours ? Des solutions émergent au fil de la discussion, exprimées par les uns et les autres :

  • « Ne pas faire souffrir un animal gratuitement, tuer et manger de la viande selon ses besoins ce que font d’ailleurs certains peuples comme les Pygmées ou les Inuits. »
  • « Autrefois dans les fermes européennes les vaches et les chevaux étaient tués et consommés en fin de vie. »
  • « Ne pas manger de viande du tout, ne pas boire de lait, ne pas porter de vêtements confectionnés en peau ou en pelage d’animaux. Réagir quand une personne maltraite un animal près de soi… »

Puis l’une plus simple, qui risquerait d’être redoutablement efficace, en fonction du nombre d’individus qui viendraient à l’appliquer : « être attentif à ses nouveaux achats, pour qu’ils soient respectueux de la vie animale.« 

De nouveaux producteurs plus conscients changent le modèle de production dominant qui envoie à l’abattage, des animaux jeunes dont on veut tirer un maximum de profit. Un exemple de ce changement : en mettant la poule au cœur de son projet, un nouvel éleveur français avec Poulehouse s’est lancé dans la vente d’œufs bios « garantis sans souffrance ». Son accroche : « l’oeuf qui ne tue pas la poule ». L’animal pond naturellement à son rythme jusqu’à l’âge de sa mort. L’espérance de vie d’une poule est en moyenne de dix ans. La qualité de la vie animale est ici prioritaire, et prend le pas sur la rentabilité.

Bar’à Lire : 28 grand rue Mario Roustan, 34200 Sète.